Violences en prison: Comment Rachide a vu sa peine passer de 3 à 42 ans

PORTRAIT Alors que la Chancellerie assure, ce mardi, que les violences sont en baisse dans les prisons françaises, «20 Minutes» revient sur l'histoire tortueuse de Rachide...

Vincent Vantighem

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Justice et administration pénitentiaire ont été pointées du doigt mardi à Nancy pour n'avoir pas décelé des maltraitances et actes de torture sur un détenu, dont les meurtriers présumés, ses deux compagnons de cellule, sont jugés par la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle.
Justice et administration pénitentiaire ont été pointées du doigt mardi à Nancy pour n'avoir pas décelé des maltraitances et actes de torture sur un détenu, dont les meurtriers présumés, ses deux compagnons de cellule, sont jugés par la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle. — Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives

«Il a un peu perdu la notion du temps…», lâche Marie Crétenot, la juriste de l’Observatoire international des prisons (OIP) qui le suit. Comment pourrait-il en être autrement? Entré en prison en 1996 pour purger une peine de trois ans, Rachide est aujourd’hui libérable en 2038. «Et ce n’est peut-être pas fini…», souffle Marie Crétenot.

>> Les faits: Les violences en prison baissent selon la Chancellerie

Car, dans le monde de la pénitentiaire, Rachide est un cas à part. Condamné pour une série de «vols avec violence» à la base, il a déjà vu sa peine être multipliée par quatorze pour des faits commis alors qu’il était déjà en détention. «On voit de plus en plus de profils comme lui, assure encore la juriste. Des gens qui sont totalement déstructurés par la prison.»

Des excréments sur les murs

Qui n’accepte pas ses règles. Pour Rachide, c’était d’abord celles de la salle de sport de sa première prison. Après s’être vu refuser l’accès car il n’avait pas les bonnes chaussures, il s’emporte. Quelques jours de mitard (lire l’encadré) ne le calment pas. Fin 1999, une série d’outrages lui vaut une rallonge de peine de 23 mois. Un an plus tard, c’est pour des menaces de mort qu’il écope de deux ans supplémentaires. Insultes, feux de cellule, Rachide macule aussi régulièrement de ses excréments les cellules d’isolement afin de protester. Violences, destruction de bien: l’addition aboutit au final à une peine de 42 ans.

>> Interview: «Les surveillants ne portent pas plainte»

«Il s’est inscrit dans un rapport de force. Il ne cède pas, poursuit Marie Crétenot. Son seul souhait est d’être transféré à Clairvaux (Aube) pour pouvoir voir sa compagne.» Aujourd’hui, c’est à Saint-Maur (Val-de-Marne) que l’a mené son 86e transfert de prison. «Rachide ne souffre pourtant d’aucun trouble psychiatrique, assure encore la juriste. Il vit simplement dans l’instant. Si sa situation n’est pas convenable, il proteste sans penser au lendemain. Il n’a pas compris comment fonctionne la prison.» Il a malheureusement encore le temps pour ça.

Comment rend-on la justice en prison?

Citoyen-assesseur, Hélène Erlingsen-Creste dévoile l’envers des commissions disciplinaires des prisons dans L’abîme carcéral, un livre qui sort jeudi aux éditions Max Milo. Après enquête, un détenu poursuivi pour des faits commis en détention peut écoper de peines comme la privation de parloirs ou des jours de cellules d’isolement (mitards). En parallèle, si une plainte est déposée, il peut être jugé devant un tribunal correctionnel et écoper d’une nouvelle peine de prison.

Selon la Chancellerie, 54.299 sanctions ont été prononcées par les commissions disciplinaires en 2013. Les statistiques font aussi état d’une baisse de 5 % des faits de violences qui sont passés de passer de 4.403 faits en 2012 à 4.192 l’an dernier.