Pourquoi les agressions physiques sont en baisse dans les prisons françaises

JUSTICE La Chancellerie se félicite des premiers résultats de son «plan triennal anti-violences» mis en place en 2013…

Vincent Vantighem

— 

La prison de Fleury-Mérogis, le 31 octobre 2013
La prison de Fleury-Mérogis, le 31 octobre 2013 — Eric Feferberg AFP

Pour une fois que les statistiques concernant les prisons sont positives, la Chancellerie ne s’est pas fait prier pour les communiquer. Selon les informations recueillies, lundi, par 20 Minutes, les agressions physiques (entre codétenus ou vis-à-vis des surveillants) sont en baisse dans les 191 établissements pénitentiaires français.

>> Analyse: Les prisons, un système au bord de l’asphyxie

En 2013, 54.299 sanctions ont été prononcées dans les commissions disciplinaires, équivalentes des tribunaux à l’intérieur même des prisons. Soit une baisse de 6,8 % par rapport à l’année 2011. Entre 2012 et 2013, les agressions entre codétenus sont passées de 8.861 à 8.560 (-3,5 %). Même constat en ce qui concerne les violences vis-à-vis des surveillants. Passant de 4.403 faits en 2012 à 4.192 l’an dernier, elles affichent une diminution de 5 %.

Un plan après l’évasion de Redoine Faïd

Alors que les syndicats pénitentiaires réclament, depuis plusieurs mois, le rétablissement des fouilles corporelles dans les prisons, la Chancellerie entend leur opposer ces résultats pour maintenir sa position sur le sujet. «Ces chiffres traduisent les efforts mis en place, depuis 2013, dans le cadre du «plan triennal anti-violences», assure ainsi à 20 Minutes, un porte-parole du ministère de la Justice. Il reste encore deux années d’effort. Mais ces premiers résultats sont encourageants.»

>> Retour sur le scénario de l’évasion de Redoine Faïd

Lancé après la spectaculaire évasion de Redoïne Faïd, en avril 2013, de la prison de Sequedin (Nord), ce plan prévoit notamment de faire remonter aux directions interrégionales tous les points de tension dès qu’ils sont découverts dans une prison. «Le but est d’aller vite, poursuit le porte-parole. Si l’on se rend compte qu’il manque un poste à tel endroit, on fait tout pour remédier au problème…» Une affirmation qui ne manquera pas de faire sourire les syndicats qui assuraient, encore lundi, qu’il manquait une «soixantaine de postes de surveillants rien qu’à la prison des Baumettes (Marseille)».

«Les surveillants ne portent plus plainte»

Citoyen-assesseur à la prison d’Agen (Lot-et-Garonne) depuis 2011, Hélène Erlingsen-Creste a, elle, une autre explication pour justifier la baisse des statistiques concernant les violences. «Les surveillants ne portent pas plainte systématiquement, confie-t-elle à 20 Minutes. Cela leur permet de maintenir la paix sociale au sein de la prison. Pour qu’une procédure soit enclenchée par un surveillant, il faut vraiment que les coups soient graves…»

>> Interview: «Les surveillants pénitentiaires ne portent pas plainte»

Auteur du livre L’abîme carcéral, à paraître jeudi aux éditions Max Milo, elle y raconte par le menu les commissions disciplinaires qu’elle a été amenée à vivre depuis 2011. «Mon sentiment, c’est que la prison reste une zone de non-droit, lâche-t-elle encore. Les drogués continuent à se droguer. Les voleurs, à racketter. Quant aux violents, ils tapent les autres…»

Des filets pour intercepter les projections

La Chancellerie préfère, de son côté, mettre en avant le changement de philosophie pour gérer les prisons et surtout le changement de ligne budgétaire. Doté de 33 millions d’euros, le plan triennal doit aussi permettre d’améliorer les équipements. Portiques métalliques, brouilleurs de communication, les efforts portent également sur la mise en place de filets et de glacis afin d’éviter aux complices de détenus de leur envoyer des «colis spécifiques» par-delà les murs d’enceinte.

>> Eclairage: Une cinquantaine de colis lancée par jour aux Baumettes

«Le plan prévoit 12 millions d’euros rien que pour lutter contre les projections de colis, avance encore la Chancellerie. Des filets sont en cours d’installation un peu partout.» Car si les agressions physiques sont en baisse, les condamnations de détenus pour des faits de trafics en tout genre (stupéfiants, téléphone…) sont, elles, en hausse de 18,1 %.