«J'ai vu un grand nuage de poussière, les gens criaient...C'était le chaos»

REPORTAGE Un immeuble d’habitations s’est effondré dimanche matin à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)…

Thibaut Le Gal

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Comme un paysage de guerre à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Dimanche matin, vers 7h30, un immeuble d’habitation de quatre étages s’est effondré avenue Jean-Jaurès. «J’ai été réveillé par une grosse explosion. J’ai senti les murs de la maison qui vibraient», lâche Jean-Michel, voisin du drame. «Je suis sorti, et j’ai vu un grand nuage de poussière. Il y avait du mouvement partout. Des personnes étaient en train d’aider les pompiers pour enlever ceux qui étaient sous les pierres. Ils ont sorti un enfant, je ne sais pas s’il était en vie. Il y avait un monsieur à moitié enterré dans les gravas. Le corps à l’intérieur et les jambes qui ressortaient. Les gens criaient… c’était le chaos».

L’immeuble est littéalement tranché en deux. Au sol, des morceaux de tôle, de poutres, et de briques s’entassent sur plusieurs mètres.

Nazim, de la rue voisine Victor Hugo, est sous le choc. «J’ai entendu un bruit court, intense, qui m’a tapé à la gorge. J’ai pensé à un attentat. Dehors, j’ai vu l’immense montage de débris. Un homme en sang en sortait. Une femme criait à la fenêtre «les enfants! les enfants!» dans l’appartement encore debout à côté. J’ai voulu avancer mais j’étais bloqué. J’ai craqué et je me suis mis a pleuré», lâche l’homme, encore ému.

Course contre la montre

Arrivés quelques minutes après le drame, police et pompiers sortent les premiers corps. «On a réussi à sortir deux gosses des pierres», confie un agent. «L’un était vivant, l’autre mort». Le bilan en fin de journée est lourd. Un enfant et deux femmes sont décédés.

Vers 7h45, le plan rouge est déclenché. Plus de 130 pompiers, des équipes d’évacuations et des médecins sont mobilisés. «Tous les services de secours sont réquisitionnés, un poste médical avancé des secours a été installé à l’école Boutors et on sélectionne les hôpitaux vers lesquels seront acheminés les blessés», explique un porte-parole des pompiers. «11 personnes ont déjà été évacuées, dont six dans un état grave. 5 personnes resteraient encore sous les décombres», ajoute-t-il.

Pour les équipes de sauvetage, c’est la course contre la montre. Aidés par les chiens renifleurs, les pompiers tentent de détecter les derniers survivants. «On peut vivre dessous jusqu’à 12 heures au moins. Le mobilier peut par exemple créer des poches d’air de survie», explique un pompier. Sur la montagne de débris, les équipes se relaient pour déblayer par sceau de pierres le chantier. Un travail minutieux et dangereux car le bâtiment contigu menace de s’effondrer.

Inquiétudes des proches

Le voisinage n’a pas accès au site. Mais derrière le cordon de sécurité, les personnes s’entassent et s’inquiètent pour les habitants de l’immeuble. «Ce sont des gens qu’on connaît. Mon fils a son camarade dans les décombres. On est sous le choc, on ne peut rien faire. C’est notre quartier qui est touché, c’était impressionnant», murmure Christelle, au bord des larmes.

«On va vous emmener à la cellule psychologique», lance un peu plus loin un membre de la mairie à un adolescent en pleurs. Les services municipaux ont réquisitionné le gymnase voisin pour accueillir les proches et familles des victimes. Arrivée dans l’après-midi, la ministre du logement Sylvia Pinel s’est engagée à proposer avec la mairie des solutions d’hébergement et de relogement aux familles qui le souhaitent «dans les meilleurs délais».

Dans toutes les têtes, les causes de l’explosion. «Ça sentait le gaz quand on est arrivé ce matin», confie un policier. Une piste pour le moment privilégiée par les enquêteurs.