Paris, le 14 juillet 2012. Des embouteillages se forment sur le périphérique parisien à l'occasion des départs en vacances.
Paris, le 14 juillet 2012. Des embouteillages se forment sur le périphérique parisien à l'occasion des départs en vacances. — JPDN/SIPA

ROUTES

Sécurité routière: Sommes-nous tous des «fous au volant»?

Alors qu’un militaire est jugé, ce lundi, pour avoir tiré à blanc sur une conductrice, «20 Minutes» explique pourquoi la route peut nous rendre complètement dingues…

«J’ai pété les plombs. Je n’aurais jamais dû faire ça.» Se rendant compte de la gravité de sa conduite, le militaire de 18 ans a immédiatement reconnu les faits et présenté des excuses. Le 12 août, alors qu’il était en vacances à Cahors (Lot) chez ses parents, il a tiré à blanc avec un pistolet d’alarme sur une conductrice qui le dépassait. Maintenu en détention depuis, il doit être jugé ce lundi.

>> Les faits: Un militaire tire à blanc sur une conductrice qui le dépassait

«Je ne sais pas ce qui m’a pris…», a-t-il également avoué aux policiers. Difficile de savoir en effet. Alors que les Etats-Unis et le Canada ont produit de nombreuses études sur ce qu’ils appellent «the road rage» (la rage au volant), la France s’intéresse peu au phénomène. «C’est un sujet que nous connaissons mais il n’y a pas de véritable étude sur le sujet», confirme ainsi la délégation interministérielle à la Sécurité routière, interrogée par 20 Minutes.

Un épisode de colère tous les 60 kms en moyenne

En fait, il y en a une. Réalisée en 2008 par le Laboratoire de psychologie des comportements et des mobilités, elle visait à comprendre pourquoi notre comportement change une fois installé dans l’habitacle d’une voiture. Tout simplement parce qu’il est, déjà, plus difficile de voir le visage des autres conducteurs. «Or, l’échange visuel est un élément pacifiant des relations humaines», note Nicolas Guéguen, chercheur en psychologie sociale.


Vidéo: Episode de rage au volant aux USA par 20Minutes

Partant de ce principe de base, Patricia Delhomme, l’auteure de l’étude (lire l’encadré), a cherché à déterminer à quel moment un conducteur va être tenté de frapper son volant de rage à cause des autres. «L’enquête porte sur un petit échantillon mais nous avons réussi à définir qu’un épisode de colère intervient tous les 60 kms en moyenne, indique-t-elle à 20 Minutes. Ce chiffre baisse en ville où il y a plus de monde sur la chaussée.» Il est donc plus logique de faire résonner le klaxon place de l’Etoile à Paris que dans une impasse du fin fond de la Creuse.

Les jeunes conducteurs surtout

D’une durée moyenne d’une à trois minutes, ces épisodes d’agressivité au volant ne touchent pas l’ensemble des conducteurs uniformément. «Sont d’abord concernés ceux qui sont agressifs naturellement et puis ceux qui connaissent un épisode de stress momentané, poursuit la directrice de recherche. Cela peut aussi être lors d’un moment d’euphorie.» Et Patricia Delhomme de citer Le Salaire de la peur où les chauffeurs convoient sans encombre leur chargement de nitroglycérine mais tombent dans le ravin, au retour, tout excités d’avoir touché leur paye.


Vidéo: Voir la bande-annonce du Salaire de la Peur

«Nous avons déterminé que ce sont les jeunes conducteurs et débutants qui sont le plus sujets aux crises d’agressivité, explique encore Patricia Delhomme. Tout simplement car ils ont plus de mal à réguler leurs émotions.»

Quand la progression est gênée par un véhicule lent

Parmi les causes, les participants de l’étude ont reconnu avoir vécu des pics d’agressivité essentiellement quand leur progression était gênée par un autre usager roulant lentement (27,5 %). Viennent ensuite la conduite illégale des autres (24,5 %) et la discourtoisie (17,9 %). La présence des forces de l’ordre sur la route ne suscitant, de son côté, que 1 % des phénomènes de rage.

Reste à savoir si la colère est un accélérateur d’accidents. A ce sujet les avis divergent. Patricia Delhomme, elle, en est convaincue. «Il faudrait une plus large étude pour s’en assurer. Mais la colère entraîne les conducteurs à transgresser les règles de la route, ce qui conduit à des accidents», pense-t-elle.

>> Eclairage: Le nombre de morts sur les routes en baisse en 2013

Organisateur de la journée de la courtoisie au volant, Régis Chomel de Jarnieu n’est, toutefois, pas d’accord avec elle. «La société est de plus en plus anxiogène, la colère au volant de plus en plus présente mais le nombre de morts sur les routes baisse. Maintenant, ce type de comportement n’est agréable pour personne.» Surtout pas pour le volant transformé en punching-ball pour conducteur frustré.

Méthodologie

Pour réaliser son étude, Patricia Delhomme a fourni à 37 étudiants de 18 à 25 ans des questionnaires à remplir à chaque moment de colère au volant. En moyenne, les participants étaient âgés de 19,8 ans, avaient obtenu leur permis depuis trois ans et parcouru, chacun, environ 22.500 kilomètres. Parmi eux, six personnes ont indiqué avoir déjà été impliquées dans au moins un accident.