Téléphone d’alerte: «J'espère qu'il va faire baisser le nombre de femmes victimes de violences»

INTERVIEW Coordinatrice nationale de la lutte contre les violences faites aux femmes, Ernestine Ronai revient pour «20 Minutes» sur le déploiement de téléphones d’alertes pour les femmes victimes de violences conjugales…

Propos recueillis par Vincent Vantighem
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Paris le 2 octobre 2012. Illustration femme battue. Violences conjugales.
Paris le 2 octobre 2012. Illustration femme battue. Violences conjugales. — A. Gelebart; / 20 Minutes / Illustration

Elle a été la première à équiper des femmes victimes de violences de téléphone d’alerte. C’était il y a cinq ans dans son département de Seine-Saint-Denis. Ernestine Ronai ne peut donc que se satisfaire de l’annonce, faite ce vendredi, par le gouvernement du déploiement sur tout le territoire de ce dispositif. Pour 20 Minutes, celle qui est devenue Coordinatrice nationale de la lutte contre les violences faites aux femmes revient sur l’expérimentation menée et ses premiers résultats…

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Comment réagissez-vous à l’annonce du gouvernement d’étendre à toute la France le dispositif des téléphones d’urgence pour les femmes victimes de violences?

C’est un jour joyeux! Joyeux car j’espère qu’il va permettre de faire baisser le nombre de femmes décédées suite à des violences. Depuis le lancement de l’expérimentation il y a cinq ans, c’est un vrai changement de mentalité auquel nous assistons.

Pour les femmes, quels sont les effets d’un tel téléphone d’urgence?

Le premier point, c’est qu’en les équipant, la justice reconnaît qu’elles courent un danger puisque le téléphone vise à éviter que leurs anciens compagnons violents ne reviennent les tabasser. Surtout, ça les aide à prendre conscience qu’elles sont des victimes. Ça lance bien souvent une réflexion sur les mesures qu’elles doivent prendre pour améliorer leur situation. Déménager, reprendre un boulot… Au téléphone, toute une série de mesures vient s’ajouter permettant à la femme victime de retrouver un équilibre.

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Enfin, pour les magistrats, cela permet d’avoir une meilleure attention sur ce vaste chantier qu’est la lutte contre les violences conjugales. Si les magistrats n’ont pas d’outil à proposer, ils ne vont pas forcément s’en occuper. Là, avec un contingent de téléphones d’urgences à distribuer, il va falloir que les magistrats opèrent un repérage des femmes en danger.

Cela a-t-il aussi un effet dissuasif sur les hommes violents?

Oui et non. Non parce que nous conseillons aux femmes de ne pas dire à leurs anciens compagnons qu’elles sont équipées d’un système d’alerte. Sinon, celui-ci commencerait par prendre le téléphone pour être tranquille s’il veut récidiver.

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A-t-on une idée des premiers résultats suite à l’expérimentation?

Certains départements n’en sont qu’aux balbutiements. En Seine-Saint-Denis, en revanche, nous nous sommes aperçus que les magistrats avaient délivré plus d’ordonnances de protection pour les victimes. C’est bien que ce dispositif entre dans la culture petit à petit.