Un médicament anti-allaitement dans le collimateur de L'Agence européenne du médicament

SANTÉ L'Agence européenne du médicament (EMA) a recommandé jeudi de restreindre fortement l'utilisation de ce type de médicaments…

A.B. avec AFP
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Illustration: allaitement maternel.
Illustration: allaitement maternel. — ALFREDO ESTRELLA / AFP

L’EMA préconise de réduire le recours aux médicaments à base de bromocriptine, encore couramment prescrits en Europe pour stopper la montée de lait après l’accouchement, en raison d’un petit risque d’effets indésirables graves.

Notamment commercialisée sous la marque Parlodel (Meda Pharma) et sous forme de génériques, la bromocriptine est une substance active qui agit sur les circuits nerveux de la dopamine. Elle est utilisée chez des malades atteints de la maladie de Parkinson, mais elle est surtout prescrite aux femmes qui viennent d’accoucher et ne souhaitent pas allaiter.

Pas de recours systématique

«La bromocriptine ne doit pas être utilisée de manière systématique pour prévenir ou stopper la lactation», indique une recommandation approuvée par le comité européen de coordination (CMDh) qui est l’entité européenne représentant les différentes agences nationales du médicament.

Les médicaments contenant cette substance ne devraient plus désormais, selon le CMDh, être prescrits que lorsqu’il existe des «raisons impérieuses» d’arrêter la lactation, comme l’infection par le virus du sida ou «pour éviter tout stress supplémentaire après la perte d’un bébé pendant ou juste après l’accouchement».

Des effets secondaires «rares mais parfois graves»

La réévaluation de la bromocriptine avait été demandée l’an dernier par l’agence française du médicament (ANSM) qui avait fait état d’effets secondaires «rares mais parfois graves», principalement cardiovasculaires (accident vasculaire cérébral, infarctus et hypertension artérielle) mais aussi neurologiques (convulsions) et psychiatriques (hallucinations).

Les premiers signalements d’effets indésirables graves étaient survenus dès les années 90, notamment aux Etats-Unis, et avaient conduit à renforcer l’information sur les précautions d’emploi, notamment chez les femmes présentant des risques cardiovasculaires.

L’usage pour stopper la lactation remis en cause

Mais la posologie et les mises en garde étaient mal respectées, selon l’ANSM qui rappelle que la montée laiteuse est un «processus physiologique».

«Si la femme n’allaite pas, la lactation s’interrompt d’elle-même en une à deux semaines» ajoute-t-elle sur son site, tout en précisant qu’il existe des alternatives thérapeutiques à la bromocriptine dans le cas où la lactation doit être stoppée pour des raisons médicales.

Le CMDh souligne pour sa part que la bromocriptine est disponible dans les pays de l’Union européenne depuis 1973 et que le nombre absolu d’effets secondaires graves rapportés aux autorités est très bas, avec un taux d’incidence estimé entre 0,005 % à 0,4 %.

Les autres indications de la bromocriptine (Parkinson…) ne sont pas concernées par la recommandation de la CMDh. Cette dernière devrait désormais être entérinée par la Commission européenne qui prend la décision finale, laquelle devra ensuite être suivie par les Etats membres.