Quel est le «juste prix» des fruits et légumes?

CONSOMMATION Les producteurs dénoncent les prix pratiqués par la grande distribution. Mais quel serait le «juste prix» des tomates, abricots et mirabelles que nous mangeons?...

Audrey Chauvet

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Des tomates.
Des tomates. — RICHARD B. LEVINE/NEWSCOM/SIPA

Fin août, c’est la pleine saison des mirabelles. Pour ce fruit éphémère et dont la production est relativement faible, les prix s’envolent vite: 5,95 euros le kilo chez un primeur du 18e arrondissement de Paris. Surprise, à 50 mètres, un autre primeur vend les mirabelles 3,95 euros le kilo. Et au supermarché voisin, on trouve les petites Lorraines à 2,99 euros. Des prix très variables, souvent jugés trop élevés et incompréhensibles pour le consommateur à qui les agriculteurs français rappellent régulièrement leurs difficultés à vivre de leur activité. Alors que la Confédération syndicale agricole des exploitants familiaux (Modef) organise ce jeudi une distribution de fruits et légumes au «juste prix» à Paris, 20 Minutes a découpé une tomate en tranches monétaires.

1,40 euro, 1,50 euro le kilo, qui dit mieux?

Prenons une tomate, bien rouge, bien juteuse, et mettons-la dans les mains de Raymond Girardi, secrétaire général du Modef. «Pour que le paysan gagne sa vie, il faut lui acheter les tomates 0,75 euros le kilo. Le transport et le conditionnement coûtent environ 15 centimes. On ajoute 60 centimes de marge pour le distributeur et on arrive à 1,50 euro le kilo, ce qui nous semble être le juste prix.» Oui, mais d’après l’INSEE, le prix moyen de vente en métropole d’un kilo de tomates est de 2,56 euros le kilo en juillet 2014. La faute aux «marges anormales» de la grande distribution, assure Raymond Girardi, qui accuse hypers et supermarchés d’être des financiers sans scrupule pratiquant des marges «deux à trois plus importantes que la rémunération normale d’une entreprise».

Faux, répond Mathieu Pecqueur, directeur Agriculture et qualité à la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution. Habitué aux attaques, le représentant des grandes surfaces a un discours aussi carré que la tomate est ronde: «Nous publions nos marges dans un rapport officiel: pour les fruits et légumes, le résultat net de la distribution est de 0,9 %, c’est-à-dire que quand nous vendons 100 euros de fruits et légumes, nous gagnons 90 centimes.» Une marge plus proche du petit pois que du melon, donc. Ainsi, quand la grande distribution achète 50 centimes environ le kilo de tomates, elle y ajoute 80 centimes de frais de conditionnement, logistique et coûts magasin. La TVA et la marge amènent à un prix final pour le consommateur d’environ 1,40 euro le kilo, d’après le découpage des prix publié en 2009 par la FCD. En rayons, c’est parfois plus, parfois moins, selon les saisons et le pays d’origine des légumes, mais «les prix de vente au détail suivent les prix d’achat», assure Mathieu Pecqueur.

Tomate farcie aux coûts fixes

Accusés de soumettre les producteurs français à une concurrence déloyale des pays aux coûts de production plus faibles, les supermarchés restent toutefois les moins chers pour le consommateur. A condition de bien comparer des qualités et des calibres similaires, avertit Christel Teyssèdre, présidente de l’Union nationale des syndicats de détaillants en fruits, légumes et primeurs: «Il y a souvent peu d’écart entre les prix sur des produits identiques. Prenez un abricot Bergeron de qualité AA de France, le prix sera le même chez un primeur et au supermarché.» Quant à notre tomate, combien allons-nous la payer chez le commerçant du coin? Souvent achetée sur un marché de gros, type Rungis, la tomate aura un prix dépendant du cours du jour, donc de l’équilibre entre l’offre et la demande. «Le taux de marge moyen dans notre profession est de 30 %», chiffre Christel Teyssèdre. Les frais fixes varient selon les commerçants, ce qui explique les différences de prix à 50 mètres d’écart.

Alors, notre tomate, on l’achète où? Directement au producteur, aimerait Raymond Girardi, mais la vente directe ne représente encore qu’une part marginale du marché. Dans la grande distribution, qui couvre plus de 64 % du marché des fruits et légumes en France d’après un rapport publié par FranceAgriMer en mars dernier, et assure les prix les plus bas. Ou chez votre petit commerçant pour la qualité et le conseil. Il y a presque autant de façons d’acheter une tomate que de la cuisiner.