«A cause des conditions météorologiques, la montagne est plus dangereuse cet été»

ACCIDENTS DANS LE MONT-BLANC Jean-Louis Verdier, adjoint à la mairie Chamonix en charge de la montagne, assure que si les alpinistes ne prennent pas plus de risques, la météo rend les ascensions plus périlleuses…

Propos recueillis par Floriane Dumazert

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Le Mont-Blanc
Le Mont-Blanc — Philippe Desmazes AFP

Dimanche, deux alpinistes et leur guide sont décédés dans le massif du Mont-Blanc. La semaine dernière, ce sont six alpinistes, dont un guide, qui ont trouvé la mort alors qu’ils entamaient l’ascension de l’aiguille d’Argentière dans le même massif. Pour 20 Minutes, Jean-Louis Verdier, adjoint à la mairie de Chamonix en charge de la montagne, et guide de haute montagne, revient sur les risques des ascensions dans ce massif.

Depuis l’ouverture de la saison estivale, 20 personnes sont décédées ou portées disparues dans le massif du Mont-Blanc. S’agit-il d’un été particulièrement meurtrier?

Compte tenu du nombre de pratiquants, l’été 2014 n’est pas particulièrement accidentogène. On en a pourtant l’impression, notamment parce que nous avons été très touchés par le drame survenu la semaine dernière, qui a fait six morts. Sur l’itinéraire du Mont-Blanc, nous constatons un pic de fréquentation. Les touristes programment leur ascension et veulent la faire, quoi qu’il arrive.

Les alpinistes prennent-ils plus de risques cette année?

Non, il n’y a pas plus de prises de risques des alpinistes. A Chamonix, nous essayons de leur faire prendre conscience de leur responsabilité quand ils partent pour une ascension. Non pas qu’ils soient irresponsables, mais ils n’ont pas forcément la connaissance de la montagne. C’est ce manque de connaissances qui peut amener à faire des erreurs. Même quand on connaît la montagne, on n’est pas à l’abri d’un accident.

Comment pouvez-vous répondre à ce manque de connaissances?

Cela fait bientôt 30 ans que nous avons entrepris des campagnes de prévention. Nous informons les alpinistes: on ne peut pas se lancer à l’assaut du Mont-Blanc dans n’importe quelles conditions. Il faut être formé et s’y être préparé.

Dans notre maison de la Montagne nous recevons chaque jour entre 700 et 1200 personnes qui viennent se renseigner sur les ascensions. Il faut les informer des risques pour qu’ils puisent éviter de se mettre en danger. Nous avons une vraie responsabilité sur ce sujet. Le travail de prévention est progressif, l’éducation des alpinistes se fait sur le long terme. Nous continuerons, bien sûr. C’est notre seule façon d’agir auprès des alpinistes.

Si les alpinistes ne se mettent pas plus en danger, comment expliquer les accidents survenus cet été?

La montagne est plus dangereuse cet été, du fait des conditions météorologiques. Le réchauffement climatique n’y est pas pour rien. Les avalanches estivales sont assez récentes. Elles existaient avant, mais nous n’en avions pas autant qu’aujourd’hui. A cause du réchauffement climatique, les éboulements sont aussi plus importants. Le ciment entre les rochers se désagrège, ce qui crée ces éboulements.

Cette année, la météo change brutalement. Les orages arrivent très vite et nous avons plus de neiges. Avant de s’engager dans une ascension, il faut tenir compte de ces évolutions. Mais pour cela, il faut en avoir connaissance.