Deux morts en deux jours: Toulouse craint une «radicalisation» à la marseillaise

SOCIÉTÉ raison de l'accroissement des règlements de comptes...

20 Minutes avec AFP

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Vue du quartier du Mirail à Toulouse
Vue du quartier du Mirail à Toulouse — Pascal Pavani AFP

Un homme a été tué par balles vendredi soir dans un quartier sensible de Toulouse, ce qui constitue le deuxième règlement de comptes mortel en 48 heures et fait craindre au procureur de la République une «radicalisation» à la marseillaise.

«Si on prend la série d'événements que nous venons d'évoquer, nous n'avons rien à envier à Marseille. Je pense que la situation est en effet très grave»: a déclaré le procureur de la République à Toulouse, Michel Valet, lors d'un point-presse organisé samedi après la mort d'un homme, tué froidement vendredi soir dans ce qui s'apparente à un règlement de comptes.

Il s'agit de la quatrième mort brutale depuis décembre à Toulouse dans d'apparentes exécutions faisant penser à une guerre entre bandes rivales, dont l'assassinat, jeudi à la kalachnikov, d'un homme au casier judiciaire lourd. «En moins de neuf mois, nous avons eu quatre assassinats et deux tentatives avec des modes opératoires relativement similaires. La question des liens entre ces différents faits se pose», a ajouté M. Valet, se disant «très préoccupé». «La radicalisation est en cours», a-t-il dit

Criblé de balles

Vendredi soir vers 20h30, un homme de 24 ans connu notamment pour violences aggravées, trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs, a été froidement tué dans un salon de thé et chicha de Bagatelle, une cité du quartier sensible du Mirail. Deux personnes casquées circulant en deux-roues motorisé se sont arrêtées devant l'établissement. L'une d'entre elles est entrée dans le salon et a fait feu à huit reprises, selon les premiers éléments de l'enquête. Six balles ont atteint la victime, qui est morte vers 21h30 à l'hôpital.

«On est clairement sur une piste de règlement de comptes», avait dans la matinée précisé une source policière. Les deux agresseurs ont fui avec leur deux-roues, l'un d'eux tirant à «au moins une reprise» pour couvrir la fuite. Au moins une arme pourrait avoir été utilisée, «peut-être une arme de guerre», a dit avec prudence M. Valet, du même type que celle utilisée lors de l'assassinat de jeudi.

«On a tendance à penser qu'il peut y avoir des liens», a-t-il dit. Jeudi, un Toulousain de 29 ans, récemment incarcéré pour tentative de meurtre, avait été criblé de balles de kalachnikov à Beauzelle, dans la banlieue nord-ouest de Toulouse. Une quinzaine de douilles avaient été retrouvées.

Plaque tournante du trafic de drogue

Les enquêteurs avaient fait le lien avec le quartier toulousain des Izards, où la victime résidait jusqu'à récemment. Ce quartier, souvent décrit comme une plaque tournante du trafic de drogue toulousain, a été le théâtre de deux assassinats aux allures d'exécution, en décembre 2013 à la kalachnikov puis le 21 janvier. Un homme avait alors été criblé d'une quinzaine de balles.

La victime de jeudi avait été identifiée comme étant Walid Larbi-Bey, né en Algérie en 1984. Condamné plusieurs fois par la justice, il était suspecté d'avoir été l'auteur d'une tentative de meurtre le 5 décembre en bande organisée. L'homme tué vendredi soir a aussi vécu jusqu'à peu aux Izards, a précisé Michel Valet. «Ce que nous redoutions s'est produit très vite», a déclaré le procureur, faisant allusion aux craintes de représailles qu'il avait évoquées après l'assassinat de jeudi.

«On pense évidemment à un match retour mais rien ne le prouve», a déclaré à l'AFP une source policière, évoquant la difficulté de conduire une enquête au Mirail où «personne ne se présente spontanément» à la police.

Pour «arrêter l'engrenage», le procureur a lancé un appel à témoins, appelant à mettre fin à la «dérive» dans une ville jusqu'alors peu habituée à un tel enchaînement de meurtres. En la matière, Toulouse reste toutefois loin de Marseille où une quinzaine de règlements de comptes mortels ont été perpétrés depuis début janvier.