Le lait maternel, nouveau produit dopant?

SANTE Des sportifs américains utilisent le lait maternel comme boisson énergisante…

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Illustration: allaitement maternel.
Illustration: allaitement maternel. — ALFREDO ESTRELLA / AFP

«Dis papa, c’est quoi cette bouteille de lait?» Peut-être bien un produit dopant. Aux Etats-Unis, certains amateurs de sport utilisent en tout cas le lait maternel pour augmenter leurs performances. Anthony, la trentaine et sportif dans le Queen à New York est l’un de ces adeptes.

«Cela me donne une énergie incroyable», explique-t-il au NY Mag. «Je ne crois pas aux stéroïdes et autres produits énergisants, toutes ces ordures. Je veux des produits naturels, des dons de Dieu, et si des mères souhaitent se débarrasser de leur lait, je suis preneur.» L’homme débourse 2.5 dollars (environ 2 euros) sur des sites internet tels que Only the Breast ou Human Milk 4 Human Babies pour 30 ml.

Un prix raisonnable pour une potion magique. L’homme assure que beaucoup d’habitués des salles de sport carburent comme lui au lait maternel. Il ne précise pas en revanche, si le biberon est utilisé.

Antique coutume

L’insolite pratique n’est pas nouvelle. Dans l’Antiquité, les athlètes grecs ingurgitaient déjà avant les épreuves toutes sortes de produits naturels: hydromel, feuilles de sauge, viande de taureau et déjà, le fameux lait maternel.

«Cela existe depuis toujours, et varie selon les pratiques sociétales et culturelles. Dans les sociétés germaniques ou est-européennes, on utilisait des sérums de veau protéinés ou des extraits de placenta pour guérir les blessures, explique amusé Gérard Dine, médecin spécialisé dans le dopage. C’est la même réflexion avec le lait maternel. L’idée est de récupérer des facteurs de croissance, comme des vitamines ou des protéines pour booster le développement des muscles».

Laissons le lait maternel aux nourrissons

Mais la boisson préférée des bébés est-elle vraiment efficace? Le docteur Dine n’est pas convaincu. «Il peut y avoir un tout petit effet biologique mais qui ne peut pas durer éternellement. Ça ne peut pas révolutionner les performances d’un sportif», assure le médecin, qui invoque aussi un possible effet placebo.

«Laissons le lait maternel aux bébés», insiste le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste, et auteure du Grand Livre de l’Alimentation, prévu pour fin août. «Le lait maternel est parfaitement adapté aux besoins du nourrisson pour son développement cérébral car il est riche en lactose. Les sportifs recherchent eux depuis toujours des produits riches en protéines pour les efforts de force musculaire. Hors le lait maternel contient 3 à 4 fois moins de protéines que le lait d’une vache».

En ce qui concerne les vitamines, les minéraux et oligoéléments, «les sportifs en auront beaucoup plus en mangeant varié, équilibré et de façon adaptée à leurs besoins plutôt qu’en prenant un lait adapté aux besoins d’un enfant qui ne pèse que 3 à 4 kilos», ajoute-t-elle.

Gérard Dine n’a jamais entendu parler de cette pratique dans le sport professionnel. «Si c’était vraiment efficace, les sportifs de haut niveau utiliseraient le lait maternel plutôt que de risquer de prendre des produits interdits», plaisante le médecin.