Double meurtre à Montigny-lès-Metz: Henri Leclaire, le troisième homme, devant le juge

JUSTICE Après Patrick Dils, puis Francis Heaulme, il se retrouve dans le collimateur de la justice...

20 Minutes avec AFP

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Henri Leclaire, accompagné de son avocat Thomas Hellenbrand, à son arrivée le 1er avril 2014 au tribunal de Metz
Henri Leclaire, accompagné de son avocat Thomas Hellenbrand, à son arrivée le 1er avril 2014 au tribunal de Metz — Jean-Christopphe Verhaegen AFP

Après Patrick Dils, puis Francis Heaulme, un troisième homme se retrouve dans le collimateur de la justice pour le double meurtre d'enfants de Montigny-lès-Metz, en 1986: Henri Leclaire est convoqué chez un juge d'instruction mardi à Metz, pour être éventuellement mis en examen. Pour les mêmes faits, remontant à 28 ans, le jeune Patrick Dils, rapidement condamné à l'époque à la réclusion à perpétuité, a finalement été blanchi et définitivement acquitté en 2002. Mais le tueur en série Francis Heaulme reste accusé, malgré le report sine die de son procès début avril.

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Les charges contre Henri Leclaire, un ancien manutentionnaire de 65 ans, se sont brutalement alourdies après de nouveaux témoignages accablants lors de ce procès. La justice, éreintée par ses errements et revirements dans cette affaire hors norme, estime désormais qu'il existe contre lui des «indices graves et concordants» d'avoir tué deux garçons de 8 ans, Cyril Beining et Alexandre Beckrich.

Aperçu «ensanglanté» le long de la voie ferrée

Il doit donc être de nouveau entendu mardi à Metz par un juge d'instruction qui pourrait le mettre en examen, a-t-on appris de sources judiciaires. Le magistrat cherche a établir quel a été son rôle le dimanche 28 septembre 1986, au sommet du talus ferroviaire de Montigny où les enfants ont été retrouvés morts, le crâne fracassé par des pierres.

«Je n'y étais pas», affirme Henri Leclaire, bien que la grand-mère d'une des victimes assure l'y avoir vu peu de temps avant le crime, de même qu'un témoin qui l'a aperçu «ensanglanté» le long de la voie ferrée.

Les charges contre Leclaire sont nombreuses: dès les premiers jours de l'enquête, en garde à vue, le manutentionnaire avait avoué, en expliquant que, «sans savoir pourquoi», il avait «pris une pierre et frappé la tête de chacun des enfants».

Les policiers de l'époque, davantage séduits par la piste du jeune Patrick Dils, avaient toutefois écarté ces aveux et finalement innocenté Henri Leclaire. Son nom était réapparu au début des années 1990, cette fois cité par le tueur en série Francis Heaulme lors de confessions au gendarme Jean-François Abgrall, qui le désignait comme l'auteur du double meurtre.

Suffisant pour interrompre le procès de Heaulme

Mais c'est surtout le témoignage tardif d'une habitante de Metz, livré deux jours avant l'ouverture du procès de Francis Heaulme, en mars dernier, qui a conduit la justice à poursuivre à nouveau Leclaire. Ce nouveau témoin a expliqué que le sexagénaire s'était confié à elle en 2012: dans des termes quasiment identiques à ceux de ses aveux de 1986, il lui a dit s'en être pris aux enfants, en niant toutefois les avoir tués.

Confronté à cette nouvelle accusatrice, Leclaire a reconnu avoir tenu de tels propos. Mais il a affirmé dans la foulée avoir «inventé» cette histoire, que son récit ne correspondait pas à la réalité. L'institution judiciaire a tout de même estimé ces révélations suffisantes pour interrompre le procès de Heaulme et ouvrir une nouvelle enquête contre Leclaire.

Les juges d'instruction de Metz devront désormais déterminer la responsabilité des deux mis en examen, Heaulme et Leclaire, dans un dossier où les éléments matériels manquent et où les déclarations des suspects, voire des témoins, ont sans cesse varié.

Si les charges contre les deux hommes s'avéraient toutefois suffisantes, ils seraient alors renvoyés devant la Cour d'assises, au mieux à l'horizon 2016, selon des sources judiciaires.