Vous êtes seul, pourquoi ne pas louer un ami?

SOCIETE Un site français permet aux internautes de louer des «amis» taillés sur mesure pour leurs activités favorites...  

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Louez un ami pour faire vous accompagnez lors d'un footing
Louez un ami pour faire vous accompagnez lors d'un footing — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Les Français, de plus en plus seuls. Mercredi, l’Onu célébrait la «journée mondiale de l’amitié» pour promouvoir notamment, la solidarité. Mais dans l’hexagone, le sentiment d’abandon progresse. La Fondation de France a publié au début du mois quelques chiffres alarmants. En 2014, un Français sur 8, soit 5 millions de personnes, est seul. Un quart de la population n’a pas de relations amicales soutenues.

Venue du Japon, la location d’amis

Le site Book-a-friend tente d’apporter une (cynique?) solution: la location d’amis. «Je suis parti de deux constats. Des millions de personnes souffrent de solitude. Et économiquement, la période est difficile. Il fallait trouver un moyen de rentabiliser le temps libre», explique Gary Dorion, créateur du site, qui précise. «On ne loue pas l’amitié d’une personne, on loue son temps libre.»

L’idée vient du Japon. Surfant sur la solitude contemporaine de leurs concitoyens, une dizaine d’entreprises proposent depuis plusieurs années l’amitié tarifée. Le quotidien tokyoïte Asahi Shimbun donne l’exemple de ce célibataire de 35 ans, déboursant depuis deux ans 31 000 yens [soit 235 euros] pour être accompagné par la même jeune femme lors de différentes sorties, une fois par mois.

Le casting de l’ami idéal

Le principe est simple. Lors de l’inscription, deux options. Devenir ami à louer, ou ami loueur. Il suffit ensuite de dessiner son profil ou celui de son «copain idéal» en cochant les cases d’une grille étonnamment diversifiée. Sa personnalité (pessimiste, hypocondriaque?), ses goûts (aime-t-il la lambada, les feux d’artifice?), mais également ses critères physiques (cicatrice, tatouage?).

Le site a deux cibles: les personnes isolées, et celles qui recherchent une compétence particulière. «Ce qui marche le mieux a priori, ce sont les guides lorsque vous visitez une ville que vous ne connaissez pas, les capitaines de soirée qui vous ramènent après une soirée alcoolisée, ou les partenaires de route pour la course à pied», note Gary Dorion.

«On n’achète pas un sentiment»

Mais qui dit location, dit versement d’argent. «Il n’y a pas de tarifs préétablis. Tout dépend de l’activité, de la durée, et des services proposés. L’ami loueur et l’ami loué décident ensemble du prix», développe le créateur, et ajoute: «Il peut également y avoir un échange de compétences.»

Spécialisée dans les rapports amicaux, la psychanalyste Danièle Brun prévient. «On peut acheter des partenaires de jeux, pour jouer au tennis ou aux cartes par exemple. Cela peut combler un manque. Mais dans l’amitié, il doit y avoir un attrait réciproque. L’amitié est un sentiment. Et jusqu’à preuve du contraire, on n’achète pas un sentiment.»

Chercheur de fantômes, petite amie factice…

Cécile a 19 ans et propose d’accompagner une personne au cinéma ou au restaurant. Le prix? 50 euros de l’heure. «A la base je cherchais un petit boulot, mais avec les études à côté, ce n’était pas évident. Beaucoup de gens n’ont pas d’amis, alors autant se faire payer», plaisante-t-elle, légèrement gênée. «De toute manière, depuis mon inscription il y a un mois, je n’ai reçu aucun message. Le site me paraît un peu vide.» Gary Dorion s’en défend. «Nous avons 2.000 inscrits en France. Un site de rencontre met environ 10 ans pour trouver son rythme de croisière.»

Le bric-à-brac d’offres proposées laisse sans voix. «Créateurs d’alibis», «clown», «chauffeur privé», «Chercheur de fantômes», ou encore «petit(e) ami(e) factice»… Des propositions qui paraissent insolites, et pourtant. «Un monsieur a pris contact avec moi, il avait dû me trouver mimi», s’amuse Sidonie. «Je devais jouer sa petite amie lors d’un repas pour rendre jalouse une fille qui l’intéressait.» Après 50 euros dépensés, verdict? L'opération séduction n'a pas fonctionné.