Adieu veaux, vaches, tracteurs et cerises: Les vols dans les fermes explosent

ENQUETE Les exploitants agricoles sont sur le pied de guerre alors que les vols dans les fermes ont augmenté de 40% depuis 2008…

Vincent Vantighem

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Le Pin, le 14 juin 2014. Un agriculteur récolte dans son champ à la tombée du soir.
Le Pin, le 14 juin 2014. Un agriculteur récolte dans son champ à la tombée du soir. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Jean-Daniel Granade a prévenu les gendarmes du coin. Le prochain voleur qu’il attrape dans ses ruchers «mangera des abeilles avant de pouvoir goûter à [son] miel!» Installé au milieu des champs de lavande ardéchois, cet apiculteur de Saint-Remèze en a plus qu’assez de constater des vols sur son exploitation. «Un camion, des pots de miels, des ruches complètes. Certains sont même allés jusqu’à voler uniquement les reines, déplore-t-il, amer. C’est bien que ce sont des professionnels…»

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Cet exploitant n’est pas un cas isolé. Depuis quelques années, les forces de l’ordre ont constaté une forte augmentation des vols dans les fermes. Compilées par 20 Minutes, les statistiques de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales affichaient, en 2013, 10.600 faits de «vols simples sur exploitations agricoles» contre 7.554 cinq ans plus tôt. Soit une hausse de 40 %.

500 kg de cerises, une jument, deux chevreaux…

Face à l’ampleur du phénomène, les ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur ont lancé, en février, un «plan d’action national». Saluant le travail entrepris, la FNSEA a tout de même rappelé, jeudi, tous ses membres à la «vigilance collective» en cette période de récolte afin de lutter contre «ces nouvelles mafias».

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«Le problème, c’est qu’on ne peut pas passer notre temps à surveiller les champs, réagit Jean-Luc Flaugère, président de la Chambre d’agriculture de l’Ardèche. Quand les voleurs viennent uniquement avec leur ventre, ça passe encore. Le problème, c’est qu’ils arrivent désormais souvent avec un camion.»

Il faut dire que c’est indispensable pour embarquer 500 kg de cerises, une tonne de grain, une jument de trait, deux chevreaux ou encore 400 kg de châtaignes, soient quelques-uns des vols constatés en Ardèche l’an dernier.

Des tracteurs en route pour la Roumanie

Est-ce l’un des effets néfastes de la crise économique? «Difficile d’être aussi catégorique, répond un officier de gendarmerie. Quelques-uns volent assurément pour se nourrir, d’autres pour se livrer à un véritable trafic international… Notamment pour tout ce qui est matériel agricole.»

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C’était notamment le cas d’un réseau roumain, arrêté durant l’été 2012, après avoir chargé sur des camions une cinquantaine de tracteurs issus des quatre coins de la France afin de les acheminer et de les revendre dans leur pays d’origine.

Du bétail abattu et découpé sur place

Depuis la mise en place du plan d’action national, les forces de l’ordre multiplient donc les descentes. «En cette période de récolte, nous contrôlons par exemple systématiquement tous les vendeurs de fruits et légumes installés le long des routes, poursuit l’officier de gendarmerie. Plusieurs procédures sont également ouvertes pour des vols de bétails.»

Confrontés à la difficulté, voire à l’impossibilité, de charger une génisse ou un veau dans un coffre de voiture, certains malfrats n’hésitent d’ailleurs pas à abattre et découper le bétail sur le champ. «C’est moins fréquent mais cela arrive en effet», confie Jean-Luc Flaugère.

Système d’alarme et pièges à loups

Installé à Hulluch (Pas-de-Calais), Nicolas Beghin n’a pas trouvé de traces de sang dans sa bergerie l’été dernier. Mais, un beau matin, il a tout de suite remarqué qu’il manquait une quarantaine de moutons à son cheptel. «Le souci, c’est qu’ils sont revenus deux semaines après pour prendre quarante autres bêtes. Et on ne les a jamais retrouvés. Quand tu bosses comme un malade, tu ne peux pas l’accepter», tranche-t-il.

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Impuissant, il a désormais décidé de placer sa bergerie sous surveillance électronique. Les ruches de Jean-Daniel Granade dorment, de leur côté, à la belle étoile. Il a donc dû trouver un moyen plus radical de se protéger. «J’ai installé des pièges à loups au pied de certaines ruches, conclut-il. Mais je ne suis pas un criminel. J’ai donc tout de même placé des pancartes. Il est inscrit: Voleurs, à vos risques et périls…»