VIDEO. Violences à Paris et Sarcelles: Fallait-il interdire les manifestations de soutien au peuple palestinien?

SOCIETE De nombreuses voix s'élèvent, tandis que deux manifestations sont encore prévues cette semaine...

Enora Ollivier

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Des heurts sont survenus après une manifestation de soutien au peuple palestinien, le 19 juillet 2014 à Paris.
Des heurts sont survenus après une manifestation de soutien au peuple palestinien, le 19 juillet 2014 à Paris. — Thibault Camus/AP/SIPA

Des scènes de violence urbaine à Paris samedi, des commerces attaqués à Sarcelles dimanche, et à l’issue du week-end, une belle polémique pour le gouvernement. L’exécutif est sous le feu des critiques pour avoir décidé d’interdire ces deux manifestations, qui ont été suivies de nombreux débordements.

>> Manif propalestinienne interdite: Qu'est-ce qui justifie une décision de ce type?

Certains membres de la majorité n’ont pas hésité à mettre en doute le choix du gouvernement, le député PS Razzy Hammadi parlant par exemple d’«erreur». «L’interdiction (de la manifestation de samedi à Paris) est venue nourrir une certaine radicalité», a-t-il indiqué. En dehors du gouvernement, il ne se trouve guère que des personnalités de l’UMP – le secrétaire général du parti Luc Chatel, Eric Ciotti, Christian Estrosi, Xavier Bertrand - pour défendre l’interdiction. Et encore… «J’ai dit (…) que l’interdiction des manifestations ne me semblait pas une bonne idée, que la liberté de manifester était un principe constitutionnel et qu’il ne fallait pas y toucher», a lancé Bruno Le Maire, candidat à la présidence du parti d’opposition. Toujours à droite, Yves Jégo (UDI) a même parlé de «provocation» du gouvernement.

Les troubles de la rue de la Roquette en ligne de mire

Le ministre de l’Intérieur l’a affirmé ce lundi: il «assume totalement» son choix. «Ce n’est pas l’interdiction des manifestations qui a occasionné la violence, c’est les violences qui se sont produites préalablement à l’occasion de manifestations autorisées qui ont été à l’origine de cette décision d’interdire», a expliqué le ministre de l’Intérieur sur BFMTV. Car l’interdiction de manifester ne peut se décider que lorsque deux conditions sont réunies: l’existence d’un réel danger de troubles graves et l’absence d’un autre moyen efficace pour maintenir l’ordre public.

Dans la ligne de mire de Bernard Cazeneuve: les troubles qui ont émaillé la fin de la manifestation du 13 juillet aux abords de la synagogue de la rue de la Roquette, à Paris. Ces incidents «et les échanges vifs sur les réseaux sociaux peuvent laisser présager des débordements», indiquait ainsi vendredi à 20 Minutes l’avocate Anne-Sophie Laguens. Mais Me Hosni Maati, l’avocat des organisateurs de la manifestation interdite samedi à Paris, conteste l’interprétation des événements du 13 juillet. «On a dit que la synagogue de la rue de la Roquette a été attaquée, et ce n’est pas vrai, le rabbin lui-même l’a contesté». Pour lui, «les débordements ont été le fait d’un petit nombre de manifestants qui n’ont pas été inquiétés», continue-t-il, sans toutefois citer la Ligue de défense juive (LDJ), un groupe extrémiste mis en cause.

«Une émotion légitime, qui doit pouvoir s’exprimer»

«La France est le seul pays occidental démocratique à interdire des manifestations de ce type», lance Me Hosni Maati, qui rappelle que «dans les villes françaises où les défilés ont été autorisés, il n’y a eu aucun problème». Il pointe le «choix politique» fait par l’exécutif, alors que la situation au Proche-Orient crée «une émotion légitime, qui doit pouvoir s’exprimer». «Les gens sont déterminés à manifester», ajoute l’avocat. Alors «si on veut que les choses se passent bien, il faut qu’elles soient bien encadrées», continue-t-il en évoquant à propos de samedi une «souricière policière» et un «usage disproportionné de la force».

«Le terme de "souricière" n’est pas adapté», rétorque Nicolas Comte, secrétaire général adjoint d’Unité SGP police FO (syndicat majoritaire de la police nationale) car «la manifestation n’était pas autorisée, il était donc logique que les policiers la contiennent». Pour le syndicaliste, l’interdiction de la manifestation a finalement simplifié les choses, puisque dans le cas contraire «il aurait fallu sécuriser l’ensemble du parcours».

Et l’autorisation n’aurait pas empêché les violences: «des gens seraient de toute façon venus pour en découdre avec la police, voire pour s’en prendre à la communauté juive, comme ça a été le cas à Sarcelles». La tension reste vive alors que deux manifestations sont prévues à Paris cette semaine. La première, mercredi, a été autorisée, tandis qu’un doute plane encore sur la seconde, prévue samedi. Mais peut-être les autorités chercheront-elles à s’extirper de cette controverse estivale en ne l’interdisant pas…