Rue des Voies du Bois, où Priscilla a été violemment agressée le 7 août 2013.
Rue des Voies du Bois, où Priscilla a été violemment agressée le 7 août 2013. — William Molinié / 20 Minutes

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VIDEO. Série: Souviens-toi l’été dernier… du violeur de Colombes

Deux femmes avaient été sauvagement agressées la même nuit par un individu qui aurait dû dormir en prison…

Chaque semaine, 20 Minutes passe au peigne fin les archives de la police judiciaire des deux mois de l’été dernier. Pour ce troisième volet, nous nous arrêtons sur une tentative de meurtre et un viol perpétrés la même nuit à Colombes. Une enquête éprouvante menée par le service départemental de la PJ des Hauts-de-Seine…

Un an après, Priscilla est sortie du coma. Mais son état physique ne permet toujours pas la confrontation avec son agresseur. La deuxième victime, Sandra, moins durement touchée physiquement, «ne sort plus jamais seule» et «a besoin d’un suivi psychologique lourd», selon un proche du dossier.

La violence de la nuit du 7 août 2013 a laissé des traces. Forcément irréversibles. Ce soir-là, vers 21h, Priscilla, 31 ans, responsable marketing d’une entreprise de prestations d’aide à domicile, rejoint son studio de 35m2, rue des Voies-du-Bois à Colombes (Hauts-de-Seine). Scotchée au téléphone avec Yannick, un ami avec qui elle s’apprête à partir à Bali, elle ne s’aperçoit pas de l’ombre qui la suit depuis la gare de La Garenne-Colombes.

Une marre de sang

Alors qu’elle gagne le hall de son immeuble, face aux boites aux lettres, l’homme la saisit, l’agrippe, la frappe et la laisse pour morte. Lorsque les policiers arrivent, ils découvrent avec horreur que Priscilla baigne dans son sang. Son visage est tuméfié par des coups de poings et de pieds. On y distingue à peine son nez et sa bouche. Son cerveau est durement endommagé. Des traces de sang, empreintes des mains de l’agresseur, trainent sur son pantalon, entre ses cuisses et sur sa braguette.

C’est sous ce porche, au niveau des boîtes aux lettres de Priscilla a été laissée pour morte… [W.M./20Minutes]

Vingt minutes plus tard, le prédateur est à la recherche d’une nouvelle victime. Cette fois-ci, rue Jacqueline Auriol, dans la même ville. Le mode opératoire est similaire. L’homme agrippe Sandra par derrière, au niveau du visage, prenant soin de lui obstruer la bouche. Il la jette entre deux voitures, la frappe et la viole sur place. C’est lors des constatations sur cette deuxième scène de crime que les enquêteurs découvrent le portefeuille de Priscilla, la première victime. Un profil ADN du suspect est isolé sur un des deux véhicules. Des bandes de vidéo surveillance confirment sa présence dans cette zone.

Récidiviste

Cinq jours plus tard, le 12 août 2013, les enquêteurs interpellent le suspect, Sofiane Rasmouk, né en 1987. A son domicile, un vêtement taché de sang est saisi, ainsi qu’une sacoche contenant un papier ensanglanté. Cet homme, habitant toujours chez sa mère, se trouvait en régime de semi-liberté depuis le 13 mai 2013 à la suite d’une condamnation pour délit de fuite, recel et dégradations. A l’heure de la première agression, il aurait dû être rentré dans son établissement pénitentiaire depuis trois heures. L’enquête a déterminé qu’à neuf reprises, au moins, il avait regagné la prison «avec un retard important sans justification», fournissant de fausses excuses.

Outre le non-respect de son régime de détention, Sofiane Rasmouk n’en est pas à sa première agression sexuelle. Le 23 juin 2009, il avait déjà suivi Charlotte, une jeune femme de 28 ans, jusque dans sa cage d’escalier dans le 8e arrondissement de Paris. Seuls les cris de Charlotte avaient provoqué sa fuite, non sans l’avoir fait subir des attouchements sexuels.

Rue Jacqueline-Auriol, Sandra, 20 ans, a été violée entre deux voitures, le 7 août 2013. [W.M./20 Minutes]

Dysfonctionnement de la justice

A la fin du mois de juin dernier, une reconstitution sur les lieux du crime, toute une nuit entière, a été organisée par la justice. L’enquête concernant Sandra est «pratiquement bouclée», explique une source proche du dossier. En revanche, l’agression de Priscilla «mérite d’être creusée», notamment en raison de l’absence de confrontation entre l’agresseur et la victime. «Elle est sortie du coma mais les séquelles sont très importantes», poursuit cette source.

Les deux familles ont déposé des plaintes pour dysfonctionnements de la justice et de l’administration pénitentiaire. «Nous n’avons aucune information sur l’état d’avancement de ces plaintes. Pourtant, il y a bien eu des défaillances et des erreurs. Cet homme n’aurait jamais dû être libre lorsqu’il a commis ces deux agressions», assure, contacté par 20 Minutes, Franck Berton, l’avocat de Sandra.