«L’insécurité et l’antisémitisme génèrent un véritable malaise juif» pour le président du Consistoire central israélite de France

SÉCURITÉ Joël Mergui a répondu aux questions de «20 Minutes» sur l'inquiétude des juifs en France…

Anissa Boumediene
— 
De nouveaux immigrants juifs de France à la sortie de leur avion à l'aéroport de Jérusalem.
De nouveaux immigrants juifs de France à la sortie de leur avion à l'aéroport de Jérusalem. — M.KAHANA / AFP

Ils étaient un peu plus de 1.900 en 2012, ils pourraient dépasser les 5.000 en 2014 selon les estimations de l’Agence juive. Depuis quelques années, les juifs sont de plus en plus nombreux à faire leur alyah, «l’ascension en hébreu», en quittant la France pour émigrer en Israël. Cette semaine, plus de 400 juifs français sont arrivés à Jérusalem pour commencer une nouvelle vie. Un acte souvent motivé par la foi et l’envie de vivre en terre sainte.

Mais aujourd’hui, le climat de tensions et l’augmentation des attaques à l’encontre de la communauté juive poussent nombre de ses membres à ne plus vivre en France, explique Joël Mergui, président du Consistoire central israélite de France, qui fait part à 20 Minutes de son inquiétude sur ce phénomène de l’alyah sécuritaire.

Comment analysez-vous ce boom de l’alyah?

L’émigration en Israël est une tradition depuis toujours. Les juifs font leur alyah par conviction, pour rejoindre leur famille, vivre au plus près de leur foi et s’investir dans la vie d’Israël. C’est un aboutissement, un idéal de vie. En revanche, ce qui est inquiétant, c’est qu’on observe un nombre grandissant de juifs qui décident de quitter la France parce qu’ils ne s’y sentent plus en sécurité en tant que juifs. Ce n’est pas la majorité des olims (les émigrants juifs faisant leur alyah) mais c’est une part bien visible.

Nous devons analyser ce phénomène. L’augmentation de l’alyah pour des raisons sécuritaires traduit le malaise des juifs de France. Cela envoie un mauvais signal à la société française, qui ne sait pas faire le nécessaire pour donner aux juifs l’envie de rester en France.

Constatez-vous des pics du nombre de personnes faisant leur alyah quand un événement frappe la communauté juive?

Bien sûr, et l’inquiétude est palpable. J’ai rencontré les olims qui sont partis cette semaine s’installer en Israël et certains m’ont fait part de leurs craintes. Dans mes fonctions, je travaille à faire vivre le judaïsme en France, sur des problématiques aussi larges que l’éducation, le casher et la sécurité. Je rencontre au quotidien les différentes communautés juives, et de plus en plus de personnes craignent pour leur sécurité et celle de leurs enfants. Et préfèrent trouver la sérénité en Israël. C’est un signal fort et préoccupant de voir des juifs profondément européens quitter leur pays. L’insécurité et l’antisémitisme génèrent un véritable malaise juif.

Que pensez-vous de l’interdiction de la manifestation propalestinienne initialement prévue samedi?

Il y a en France un droit de manifester qui est reconnu, et il est important qu’il soit respecté et que la liberté d’expression soit garantie à tous. Il y a eu mercredi des manifestations propalestiniennes, dont une à Paris aux Invalides, qui se sont déroulées sans heurt et sans problème.

Eviter les rassemblements susceptibles de porter atteinte à l’ordre public relève de la responsabilité du ministre de l’intérieur et du préfet, qui doivent prendre les dispositions nécessaires pour empêcher que cela n’arrive. Ils ont manifestement considéré que la manifestation prévue samedi risquait de causer des débordements. Ce qui m’importe, dans ma responsabilité, c’est qu’il n’y ait pas dans notre société des individus qui se sentent autorisés à tenir des propos encourageant le racisme, la haine de l’autre et l’antisémitisme.

En revanche, ce que je regrette, c’est de ne pas voir ces mêmes personnes qui manifestent pour Gaza descendre dans la rue pour dénoncer les milliers de morts que fait le conflit syrien.