VIDEO. Taubira comparée à un singe: La condamnation d’une ex-candidate FN fait réagir

JUSTICE Le Front national crie au scandale, la gauche dénonce un acte de racisme…

N.Beu.
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Louis Aliot le 26 mai 2014 à Nanterre
Louis Aliot le 26 mai 2014 à Nanterre — Stéphane de Sakutin AFP

Neuf mois ferme et cinq ans d’inéligibilité. La justice a frappé fort contre Anne-Sophie Leclère, ex-tête de liste FN aux municipales à Rethel (Ardennes), poursuivi pour avoir comparé la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, à un singe. Trop fort? Les avis divergent.

Réagissant à la condamnation de son ex-candidate ainsi qu’à celle du parti, condamné à payer 30.000 euros d’amende, le Front national a été l’un des premiers à dégainer. Dans un communiqué transmis à l’AFP, le FN a évoqué des «condamnations révoltantes» et fait part de son intention d’interjeter appel. «Il doit s’agir des condamnations les plus importantes prononcées depuis longtemps en matière de droit de la liberté d’expression», dénonce le FN dans son texte. Le parti qualifie le procès de «chausse-trappe» au motif qu’il «n’est pas parvenu à trouver à Cayenne un avocat susceptible de le défendre» et que sa demande de récusation du président du TGI guyanais, pour appartenance au syndicat de la magistrature, n’a pas été entendue.

 

 

«Historique et salutaire»

«La justice qui a été rendue à Cayenne n’est pas la justice de la République française. Nous n’avons pas pu nous faire défendre sur place. On peut voir l’influence de la garde des Sceaux qui est à la fois juge et partie» a renchéri Louis Aliot, le vice-président du FN. «Aller au-delà de la réquisition du procureur dans une affaire comme celle-là, c’est évidemment extravagant.»

Du côté de l’accusateur, Joël Pied, secrétaire régional de Walwari, évoque une «décision historique et salutaire». «Une institution notable de la République reconnaît que le Front national est condamnable par le droit, et qu’il s’agit d’un parti raciste. Nous espérons que cette décision va faire date», a-t-il souligné. Un avis que partage Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Pour lui, «il est utile que la justice rappelle avec fermeté, notamment dans une période extrêmement troublée, qu’on ne peut pas accepter que des personnes manipulent dans le champ public les idéologies les plus abjectes à des fins purement électorales».

«Justice d’exception»

L’affaire n’a donc pas mis longtemps à franchir les murs du tribunal. Interrogé sur France 2, Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement, a refusé d’émettre un «jugement sur le jugement», mais a tout de même condamné les propos de l’ex-candidate FN. «Ce qui est révoltant, c’est ce qui a été dit par cette candidate du Front national. Comparer Christiane Taubira à une guenon, c’est parfaitement révoltant, inadmissible et c’est condamnable. Je ne porte pas de jugement sur le jugement, je condamne ce qui est un acte de racisme», a déclaré Stéphane Le Foll.

Invitée de France Info, Esther Benbassa, sénatrice EELV, est elle allée plus loin. «C’était nécessaire. Je vois combien de tweets racistes on reçoit. Il faut que parfois ça serve d’exemple», a-t-elle estimé. Avant de nuancer quelque peu son propos: «Peut-être que la peine est trop lourde. Néanmoins il faut donner un signal à ceux qui s’amusent à le faire. Et bien non on ne peut pas tout faire.»

Trop lourde la sanction? C’est ce que pense Philippe Bilger, ex-avocat général près la cour d’appel de Paris. Pour lui, la condamnation d’Anne-Sophie Leclère est la manifestation d’une «justice d’exception».

Si c'est vrai c'est de la folie.Pour cet odieux racisme de Taubira comparée à un singe, 9 mois fermes à Cayenne c'est tout de même trop!
— Bilger Philippe (@BilgerPhilippe) 15 Juillet 2014
NS traité comme un justiciable ordinaire et c'est bien. Justice d'exception en faveur de Taubira et c'est mal.
— Bilger Philippe (@BilgerPhilippe) 16 Juillet 2014