L'âge moyen du premier rapport sexuel reste 17 ans.
L'âge moyen du premier rapport sexuel reste 17 ans. — DURAND FLORENCE/SIPA

INTERVIEW

«La performance sexuelle est l’ennemie de la première fois»

L’été étant pour beaucoup d’ados la saison de l’initiation sexuelle, le Dr Corman, président du syndicat des médecins sexologues, dispense quelques conseils pour bien vivre sa première fois…

L’été est la saison de la première fois pour de nombreux jeunes. Le Dr Corman, président du syndicat des médecins sexologues dispense quelques conseils pour permettre à chacun de bien vivre sa première expérience sexuelle.

L’âge moyen au premier rapport sexuel en France est toujours 17 ans. Est-ce à dire que les adolescents ne se mettent pas la pression sur ce point?

Non, car derrière cet âge moyen, se cachent des réalités différentes. Je constate dans mon cabinet, que de plus en plus de jeunes démarrent leur sexualité tôt (vers 13-14 ans) et que d’un autre côté, d’autres la commencent plus tard (vers 20-22 ans). Car les jeunes se repèrent par rapport à leur groupe d’amis. Si dans celui-ci, l’âge du premier rapport tourne autour de 14 ans, l’ado va se mettre la pression pour se conformer au reste du groupe. Par ailleurs, on assiste à des pubertés précoces chez certains garçons, qui peuvent du coup, ressentir une pression hormonale et démarrer leur sexualité tôt.

Comment savoir si l’on est vraiment prêt pour son premier rapport?

Le plaisir n’est pas donné par la nature, il se construit. Démarrer sa sexualité requiert donc une maturité psychologique et une bonne connaissance de son corps. On est prêt lorsqu’on commence à ressentir du désir et que l’imaginaire lié à la sexualité crée de l’émotion. Mais aussi lorsqu’on connaît ses limites et que l’on se sent prêt à refuser certaines pratiques, si l’on n’en a pas envie.

Le vit-on mieux quand l’on connaît son partenaire depuis longtemps?

La première fois, ce n’est pas une histoire d’amour, mais de confiance. Il faut donc choisir une personne avec laquelle on se sente en sécurité.

L’environnement joue-t-il un rôle décisif pour la qualité du premier rapport?

Oui, car cela influe sur les pratiques. Si on fait l’amour dans un lieu en plein air en risquant d’être surpris, les rapports risquent d’être furtifs et stressants. La voiture ne permet pas non plus un confort optimal. Il vaut mieux donc attendre de trouver un lieu intime et sécurisant.

Comment évitez que l’appréhension ne devienne inhibante au moment de passer à l’action?

Le stress risque d’entraîner chez le garçon des pannes sexuelles et des éjaculations précoces. Et chez la fille, une fermeture vaginique. Certains jeunes boivent ou fument pour s’étourdir ou se donner du courage avant de passer à l’action. C’est une mauvaise idée, car non seulement ils ne seront pas en pleine possession de leurs moyens, mais ils risquent de ne plus écouter leurs propres limites et celles de leur partenaire. Si la peur est trop importante, il vaut mieux renoncer au rapport et patienter pour être vraiment prêt. En attendant, les corps peuvent commencer à s’apprivoiser avec des caresses et des baisers. Le préservatif pouvant aussi être une source de déconfiture, il est aussi préférable de s’entraîner à l’enfiler avant la première fois.

Certaines positions sexuelles sont-elles recommandées pour une première fois?

Celle du missionnaire, même si en termes de sensations ce n’est pas la meilleure, mais elle est rassurante et permet de passer l’épreuve avec succès. Le deuxième rapport permettra d’être plus créatif!

Les partenaires arrivent-ils à communiquer assez sur leurs envies ou leurs dégoûts?

Pas suffisamment. Pourtant, l’idéal est de parler avec son partenaire avant ou pendant le premier rapport pour lui exprimer clairement ce que l’on accepte ou pas. Il faut par exemple refuser la fellation ou la sodomie si on ne se sent pas à l’aise avec ces pratiques. Idem lorsqu’un bug survient (éjaculation précoce, débandade…). Un vrai bide peut donner naissance à une vraie complicité entre les partenaires, à condition de ne pas laisser l’humour dans sa poche!

Beaucoup de jeunes sont imprégnés d’images de performance sexuelle. Les empêchent-elles de vivre bien cette première fois?

La performance sexuelle est l’ennemie de la première fois. Et le porno n’est pas une bonne école de la sexualité. La première fois est un rite initiatique, non un paradis des sens! L’important est de se sentir bien à deux. Certains garçons vont se sentir incompétents s’ils n’arrivent pas à faire des exploits et risquent d’en ressentir une certaine honte.

Une première fois ratée a-t-elle des conséquences pour sa future vie sexuelle?

Les trois premiers rapports sexuels jouent le rôle d’empreintes que le cerveau va conserver en mémoire. Ces images peuvent fragiliser l’individu. Et contrairement aux idées reçues, les conséquences de ces premières fois ratées sont souvent plus douloureuses pour les garçons que pour les filles. Des éjaculations précoces ou des débandades peuvent créer chez une anxiété qui va ressurgir à chaque nouvelle partenaire. Les filles sont davantage préparées à des premiers rapports décevants, car on leur a parlé de la douleur qu’elles risquaient de ressentir. La plupart d’entre elles ont donc tendance à davantage relativiser. Mais celles qui ont eu la sensation de se faire avoir parce qu’elles ont accepté une pratique qui les dégoûtait peuvent aussi être bloquées par la suite et faire du vaginisme.

Faut-il en parler ensuite à ses proches?

Si la première fois a été difficile, il faut impérativement débriefer l’expérience soit auprès d’un proche (grand frère, ami) ou d’un professionnel, afin de ne pas laisser s’installer des stress post-traumatiques.

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