Le vote très Bleu Marine des gendarmes mobiles

ELECTION Le score de Marine Le Pen à la présidentielle de 2012 s’est révélé particulièrement élevé dans les bureaux de vote où il y avait une caserne…

William Molinié

— 

Exercices de maintien de l'ordre au centre national d'entrainement des forces de gendarmerie (CNEFG) ˆ Saint-Astier (dordogne) du 21 au 23 mai 2014.
Exercices de maintien de l'ordre au centre national d'entrainement des forces de gendarmerie (CNEFG) ˆ Saint-Astier (dordogne) du 21 au 23 mai 2014. — William Molinie/20 MINUTES

Un «survote» en faveur du parti de Marine Le Pen. L’institut français d’opinion publique (Ifop) vient de publier une analyse sur la base des résultats électoraux où votent les gendarmes mobiles, les gardes républicains et leurs familles.

«La question est de savoir si ces électeurs en uniforme ont un comportement électoral similaire à celui de la moyenne des Français», note le rapport, révélé par L’Essor de la gendarmerie. L’Ifop a donc comparé les scores des bureaux de vote où une caserne était implantée à ceux de la commune, du département et de la région. «Tous les bureaux abritant une caserne de la gendarmerie mobile affichent un vote pour Marine Le Pen à la présidentielle très nettement supérieur à la moyenne de leur ville», constatent les rédacteurs.

Ainsi, à Hyères, le FN réalise un score de 42,1% dans le bureau de vote où est installée la caserne de gendarmes mobiles, contre 21,8% pour la moyenne de la ville. Ce «survote» en faveur du FN se vérifie à Dijon, Toulouse, Drancy, Rennes, Amiens, Lyon… «C’est vrai dans des villes déjà structurellement frontistes comme dans des villes plus réfractaires comme Orléans ou Rennes», note, auprès de 20 Minutes, Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégies d’entreprises à l’Ifop.

Chez les mâtons aussi

La tendance se vérifie dans la Garde Républicaine. Ainsi, le bureau n°46 du boulevard Kellermann dans le 13e à Paris, où votent les gardes républicains et leurs familles, est celui où Marine Le Pen a obtenu le score le plus élevé (18,3%) dans toute la capitale.

Outre les gendarmes mobiles et gardes républicains, le personnel de l’administration pénitentiaire semble lui aussi se démarquer avec un comportement électoral frontiste. «Dans certaines prisons, comme à Fresnes, Fleury ou aux Baumettes, les surveillants pénitentiaires sont logés à proximité de leur lieu de travail. Et on constate la même tendance», poursuit Jérôme Fourquet. A Fresnes, par exemple, le FN remporte 21% des votes dans le bureau de vote n°6, où se situe la prison, contre une moyenne de 11,5% en moyenne sur la ville.

«Esprit de corps»

Quelles conclusions en tirer? «Ce ne sont pas des jobs comme les autres. Ces personnels, confrontés à des missions en rapport avec la délinquance ont un vote différent de la société. Le vécu de ces personnes influent sur leurs comportements électoraux», souligne le chercheur.

Par ailleurs, sans doute, la surreprésentation du vote frontiste se retrouverait chez les CRS, avance-t-il. Impossible de le vérifier puisque ces derniers ne votent pas dans leurs casernes. «Une des explications pour les gendarmes mobiles est peut-être le fait qu’ils ne sont pas syndiqués. Ils n’ont pas de moyens de contestation, se définissent comme plus malléables, plus corvéables. Et trouvent donc dans le discours frontiste une sorte d’exutoire.»

Autre explication possible, l’esprit de corps très important chez les gendarmes mobiles. «Ils vivent ensemble et les familles aussi. Ça peut expliquer un phénomène d’entraînement», conclut Jérôme Fourquet.