Cet été, ces enfants auront droit aux vacances

REPORTAGE En juillet et août, 2.000 enfants défavorisés seront accueillis dans des «familles de vacances» grâce au Secours populaire…

Delphine Bancaud

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Morciré, 5 ans, part pour la première fois en Suisse cet été avec le Secours populaire.
Morciré, 5 ans, part pour la première fois en Suisse cet été avec le Secours populaire. — D.Bancaud/20minutes

Sur un quai de la gare de Lyon à Paris, Morciré, 5 ans, porte une veste de costume que sa maman réserve pour les grandes occasions. C’est dire si ce jeudi est un jour important pour lui. C’est la première fois qu’il part seul en vacances. Destination la Suisse grâce au Secours populaire.

Comme 2.000 enfants de familles en difficultés, il sera accueilli cet été dans une «famille de vacances», bénévole. Une petite participation financière (entre 30 euros et 80 euros pour le séjour) est demandée aux parents avant le départ. «Ça leur permet de mieux vivre la situation et de ne pas se sentir assistés», explique Benoît, un accompagnateur du Secours populaire.

A une heure du départ, la tension est palpable, tant chez les parents que chez les enfants. «C’est un peu dur pour moi de laisser Morciré, mais j’ai trois enfants et je n’ai pas les moyens de les emmener en vacances», explique Fatoumata, sa maman. «A la maison l’été, Morciré tourne en rond. Là il va pouvoir courir dans un jardin et faire plein d’activités», poursuit-elle.

Quelques larmes au moment de se quitter

A coté d’elle, Hortense, serre dans ses bras sa fille Carat, 3 ans et demi: «J’ai eu des contacts par mail et au téléphone avec la famille qui va l’accueillir. Le courant est bien passé et je sais que Carat fera plein de jeux et de balades avec eux», tente de se rassurer cette maman sans emploi, qui élève seule trois enfants. «Mes deux autres enfants sont déjà partis avec le Secours populaire et la Croix rouge et ça s’est très bien passé», assure-t-elle. Carat a déjà son programme d’activités bien en tête: «Je vais jouer à la dînette et aux Barbies», explique-t-elle. Mais au moment de quitter sa maman, elle verse quand même quelques larmes, qui seront vite séchées par les accompagnateurs du Secours populaire.

En attendant le train, les enfants se défont peu à peu de leur timidité et commencent à nouer des liens. Les filles les plus âgées s’improvisent grandes sœurs et câlinent les petits, à l’instar de Vanessa, 9 ans. «C’est la deuxième fois que je pars à Lausanne. Ma «famille de vacances» m’a réinvitée. Il y a une fille de mon âge. L’an dernier c’était super, on a été à la piscine et faire des balades dans les magasins. J’ai même pleuré lorsque je suis rentrée à Paris», raconte-t-elle.

Certains retournent dans la même famille

Mathias, 12 ans, qui vient d’Armentières (Nord), est aussi coutumier de ce type de vacances: «C’est la quatrième année que je pars en Suisse, toujours dans la même famille, dans une maison en pleine campagne, près de Lausanne. On est vraiment devenus amis et j’ai même le doit à mon coup de fil le jour de mon anniversaire. Cette année, je vais rester six semaines avec eux et on va même aller en Italie, c’est génial». Une perspective qui réjouit aussi sa mère: «Avant ça, Mathias restait au centre aéré tout l’été et il en avait vraiment assez».

L’heure tourne et Orlane 8 ans, est de plus en plus impatiente de monter dans le train: «Je retourne dans la même famille que l’an dernier et je vais apprendre aux filles à faire des bracelets en plastique. J’ai très envie aussi de refaire du trampoline et d’aller à la piscine», lance-t-elle en souriant. «Moi, je veux jouer au foot», s’exclame tout à coup Jean-Emmanuel, 7 ans, «mais au fait est-ce que c’est l’été en Suisse en ce moment?», s’inquiète-t-il.

Le moment de monter dans le train est enfin arrivé. Ni une, ni deux, les enfants rajustent leur sac à dos et se mettent en file indienne. «Dans trois semaines, ils auront changé. Ils seront plus détendus et plus mûrs. Ils auront découvert un autre mode de vie et d’autres paysages que leur banlieue triste. Avec la joie de savoir que tout cela leur est désormais accessible», résume Benoît.