Un glacier des Alpes rend le corps d’un alpiniste disparu en 1982

FAITS DIVERS Selon les secouristes du peloton de gendarmerie de haute montagne, il y aurait au moins 160 corps de disparus coincés dans le massif…

Vincent Vantighem

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Chamonix - Mont-Blanc, le 5 mars 2010. Un hélicoptère du Peloton de gendarmerie de haute montagne en opération.
Chamonix - Mont-Blanc, le 5 mars 2010. Un hélicoptère du Peloton de gendarmerie de haute montagne en opération. — PHILIPPE DESMAZES / AFP

«Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle», ont commencé par dire les secouristes après avoir sonné à la porte de Gérard Hyvert. Vendredi, cet habitant de 82 ans de Chamonix (Haute-Savoie) s’attendait à une simple visite de courtoisie quand il a ouvert la porte de sa maison. Mais non, les secouristes du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) étaient venus lui dire qu’ils avaient retrouvé le corps de son fils, Patrice, disparu en 1982, en pleine ascension du Nant-Blanc, dans l’aiguille Verte.

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«Je suis un peu dégoûté, confie-t-il à 20 Minutes. Je crois que j’aurais préféré que la montagne le garde. C’était toute sa vie. Sa place était mieux là-haut.» Jeune aspirant guide, Patrice n’avait que 23 ans quand il s’est lancé, ce 1er mars 1982, dans l’ascension de cette voie difficile. «Il fallait oser se lancer dans ce genre de truc, surtout à son âge, témoigne, de son côté, Jean-Louis Verdier, adjoint en charge de la montagne à Chamonix et «copain» de Patrice. A l’époque, très peu de monde la tentait. Encore moins en hiver et en solo…»

La montagne rend un à deux corps par an

Si elle a ravivé beaucoup de souvenirs de l’époque, la nouvelle n’a pas forcément surpris les habitants de la vallée. «Ce n’est pas rare que l’on retrouve des corps très longtemps après leur disparition, explique en effet le capitaine Patrice Ribes du PGHM. Ça arrive une ou deux fois par an, au gré de l’évolution des glaciers et de leur relief.»

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Le phénomène est si connu que les gendarmes spécialisés tiennent même un registre des hommes que la montagne a décidé d’avaler ces dernières années. «Nous avons 160 personnes disparues sur le massif, poursuit Patrice Ribes. En 2007, nous avons par exemple retrouvé des ossements datant d’une cinquantaine d’années…»

«S’il n’y avait pas eu le mauvais temps»

Savoyard pur jus, Gérard Hyvert connaît bien le phénomène. «Pendant des années, il a cherché lui-même le corps de son fils en tournant dans le secteur de l’aiguille Verte, poursuit Jean-Louis Verdier. Il n’a jamais vraiment fait son deuil. Peut-être va-t-il pouvoir le commencer maintenant.»

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Il faudra sans doute encore un peu de temps. La découverte des restes de son fils a fait remonter en Gérard Hyvert tous les souvenirs de cette journée particulière de 1982. «Il était, comme toujours, très content de partir en montagne, se souvient-il. Il était vraiment doué. S’il n’y avait pas eu le mauvais temps pour le cueillir, il serait rentré le soir pour le potage…»