Jean-Charles Brisard, consultant international, spécialiste du terrorisme
Jean-Charles Brisard, consultant international, spécialiste du terrorisme — ABDELHAK SENNA / AFP

INTERVIEW

Projet de loi antiterroriste: «La nouvelle incrimination, trop restrictive, ne concerne que les faits les plus graves»

Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme, réagit au projet de loi présenté mercredi en conseil des ministres…

Avec le juge antiterroriste Marc Trevidic et l’avocat Thibault de Montbrial, le consultant spécialiste du terrorisme Jean-Charles Brisard avait proposé, dans une tribune publiée sur Le Figaro en avril dernier, la création d’une nouvelle infraction de consultation de sites internet djihadistes, ainsi que l’individualisation de la notion d’«entreprise terroriste». Il réagit au projet de loi antiterroriste qui sera présenté mercredi matin en conseil des ministres et que 20 Minutes s’est procuré

L’Intérieur créé une nouvelle incrimination, celle d’entreprise terroriste individuelle. Etes-vous satisfaits?

On le demandait et je me félicite que Beauvau l’ait repris à son compte. Mais on regrette que l’article 5 soit trop restrictif et ne concerne que les faits les plus graves. L’incrimination ne se résumera qu’à l’acquisition de matériels et la préparation de l’engin explosif. On aurait voulu qu’il s’applique à l’ensemble du champ des infractions. Car avant de fabriquer un engin explosif, il y a toute une batterie de délits et un processus de radicalisation comme la consultation de sites sur Internet, le repérage de cibles… On ne prend pas assez en compte la diversité des actes.

Pourtant, le texte, plus loin, permet de bloquer les sites djihadistes…

Effectivement, ça va dans le bon sens. L’article 1, relatif à l’interdiction de quitter le territoire, permet par ailleurs d’empêcher les individus de se rendre sur une terre de djihad. Empêcher leur retour est impossible. C’est une mesure qui permet de prendre le problème en amont.

L’infraction de consultation de sites terroristes n’a pas été retenue. Vous le regrettez?

Oui. C’est une lacune du texte. Car l’essentiel de l’endoctrinement passe aujourd’hui par Internet. Et l’intention de se renseigner existe.