Conférence sociale: Le dialogue social au point mort

ECONOMIE Le boycott de quatre organisations syndicales illustre la crise relationnelle entre les partenaires sociaux…

Nicolas Beunaiche

— 

Manuel Valls et François Hollande accueillis au Conseil économique et sociale par son président, Jean-Paul Delevoye, à l'occasion de la troisième conférence sociale, à Paris, le 7 juillet 2014.
Manuel Valls et François Hollande accueillis au Conseil économique et sociale par son président, Jean-Paul Delevoye, à l'occasion de la troisième conférence sociale, à Paris, le 7 juillet 2014. — Benoit Tessier/AP/SIPA

Inutile, superficielle, pipée… Les quatre organisations syndicales qui ont décidé de boycotter la conférence sociale (SUD, CGT, FO et FSU) n’ont pas manqué de mots, lundi et mardi, pour qualifier le troisième rendez-vous des partenaires sociaux du quinquennat Hollande. Mais en retour, ils ont eux aussi reçu une volée de bois vert dont on peine encore à imaginer les conséquences. A écouter les uns et les autres, le dialogue social semble en tout cas bel et bien en crise.

>> La conférence sociale en temps réel par ici

La méthode du gouvernement en question

Lors de son discours de clôture, mardi, Manuel Valls n’a pourtant pas semblé percevoir de malaise. «Je ne minimise pas [le retrait des quatre organisations], mais j’y vois un geste ponctuel», a relativisé le Premier ministre, ajoutant qu’un refus prolongé de la discussion serait une «posture incompréhensible». La veille, François Hollande avait déjà vanté les «vertus» du dialogue, qui «permet d’avoir un calendrier, un cadre d’actions commun» pour un «compromis fondé sur le donnant-donnant». A condition, toutefois, que tout le monde y participe…

En «claquant la porte» de la conférence mardi matin, la secrétaire générale de la FSU, Bernadette Groison, a dénoncé un simulacre de rencontre où tout était déjà joué d’avance. Sa cible: le gouvernement, qui devrait selon elle clarifier «la manière dont il conçoit le dialogue social». «Aujourd’hui, nous ne pouvons pas être sur un dialogue social unilatéral», a-t-elle conclu. Une critique qui rejoint celles de la CGT et de FO, qui reprochent également au gouvernement de pencher trop fortement du côté du Medef.

Un Medef agressif

Le mouvement des patrons, lui, n’a cessé durant deux jours de vanter l’utilité des discussions avec les partenaires sociaux, mais semble bien avoir pris, sous la direction de Pierre Gattaz, un virage plus agressif. Interrogé sur France Info lundi, le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, n’a d’ailleurs pas choisi la litote pour évoquer l’attitude du Medef. «La principale difficulté, c’est l’attitude du Medef, qui veut démolir le dialogue social […] La négociation n’est pas dans la culture de M. Gattaz», a-t-il attaqué.

A l’autre bout de l’échiquier, la défiance entre les syndicats eux-mêmes semble également avoir atteint son paroxysme. Mardi, les leaders réformistes qui ont choisi de rester au Palais d’Iéna ne se sont pas privés d’adresser quelques piques aux déserteurs. «Lors des tables rondes, on a pu entrer dans le concret. On perd moins de temps sur des problèmes idéologiques», a par exemple lâché Philippe Louis, secrétaire général de la CFTC.

Des syndicats très divisés

Luc Bérille, son homologue de l’Unsa, se risque lui à une analyse. Pour lui, les événements des deux derniers jours sont l’illustration d’un problème profond dans le syndicalisme français. «Le boycott est le produit d’une pensée syndicale hors-sol, décrypte-t-il. La position de rupture de ces syndicats traduit leur impuissance.» De manière générale, le représentant de l’Unsa perçoit deux obstacles à l’efficacité des syndicats: leur «extrême dispersion» et leur «grande difficulté à répondre aux problèmes des salariés face à l’évolution du monde». «Il faut que l’on s’adapte, avance-t-il, à l’adresse des organisations opposées à la mondialisation. Le syndicalisme doit être plus mature.» «Mais rien n’est irrémédiable, la porte des négociations restera ouverte en septembre», conclut-il.

A la rentrée, les partenaires sociaux devraient en effet se retrouver autour de la table pour discuter, notamment de l’apprentissage. La CGT et FO ont d’ores et déjà annoncé qu’elles seraient bien présentes, au même titre que les autres organisations syndicales. Leur tâche sera ardue: relancer une machine à l’arrêt.