Grève des avocats: «On est pauvre quand on travaille à l’aide juridictionnelle»

INTERVIEW Edith Verger-Morlhigem, avocate au barreau de Limoges, est venue manifester à Paris et explique à «20 Minutes» pourquoi l’aide juridictionnelle doit être revalorisée…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Me Edith Verger-Morlhigem, avocate à Limoges, est venue manifester à Paris contre le projet de réforme de l'aide juridictionnelle.
Me Edith Verger-Morlhigem, avocate à Limoges, est venue manifester à Paris contre le projet de réforme de l'aide juridictionnelle. — A. BOUMEDIENE / 20 Minutes

Avec elle, le quart des avocats du barreau de Limoges a fait le déplacement aujourd’hui pour manifester. Si les avocats ont répondu présent à l’appel de Conseil national des barreaux pour prendre d’assaut les rues de la capitale, c’est pour dénoncer le projet de réforme du financement de l’aide juridictionnelle, qui prévoit la taxation du chiffre d’affaires des cabinets d’avocats. Edith Verger-Morligem, avocate à Limoges, fait part à 20 Minutes de ses craintes sur le devenir de l’aide juridictionnelle.

Quelle part représente l’aide juridictionnelle dans votre activité?

Dans les barreaux de province, l’aide juridictionnelle est très présente, surtout dans les régions pauvres. Dans mon cabinet, les dossiers d’aide juridictionnelle représentent entre 50 et 60 % de l’activité. Pour moi, c’est un choix politique de consacrer plus de la moitié de mon activité à l’aide juridictionnelle. C’est le cas depuis trente-trois ans que je suis avocate. Mais concrètement, on est pauvre quand on travaille avec l’aide juridictionnelle. Ce sont les dossiers payés par les clients solvables qui permettent d’équilibrer les finances.

Ce qui me fait peur, c’est que si l’indemnisation de l’aide juridictionnelle continue à se déliter comme ça, les avocats vont finir par refuser d’en faire. Ce serait dramatique parce que les justiciables les plus modestes en pâtiraient.

En pratique, combien percevez-vous pour un dossier d’aide juridictionnelle?

Pour défendre une victime de viol, un avocat qui fournit une aide juridictionnelle perçoit 441 euros brut d’indemnisation, pour un dossier qui peut demander jusqu’à 30 heures de travail. On traite ces affaires parce qu’on a prêté serment mais aussi parce qu’on veut garantir la justice pour tous. Mais on ne peut pas s’en sortir avec des indemnisations si basses quand on a un cabinet qui nous coûte 75 euros de l’heure en frais de fonctionnement.

Il faut revoir le système d’indemnisation des avocats. Il faut non seulement réévaluer le nombre d’UV (unités de valeur) affectées à chaque type de procédure mais aussi doubler leur montant. Christiane Taubira a promis une augmentation de 10 % du budget de l’aide juridictionnelle, mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait doubler ce budget pour être plus réaliste.

Que pensez-vous du projet du gouvernement de taxer le chiffre d’affaires des cabinets d’avocats?

Je suis catégoriquement contre le fait de taxer les cabinets qui assurent l’aide juridictionnelle aux plus démunis. En revanche, que les cabinets internationaux d’affaires qui n’en font jamais soient taxés ne me choque pas. Nos finances ne sont pas les mêmes, eux en ont les moyens, mais pas nous. Nous avons la même profession mais ne faisons pas le même métier. Nous, on est l’alibi des gros cabinets qui ne veulent pas payer alors qu’ils ne traitent pas un seul dossier d’aide juridictionnelle.