VIDEO. Amina Sboui: «Il m’a rasé les sourcils et les cheveux»

FAITS DIVERS Une ancienne Femen tunisienne affirme avoir été agressée par des salafistes en plein cœur de Paris…

William Molinié

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Amina Sboui à la sortie du commissariat central du 18e à Paris où elle a déposé plainte pour une agression
Amina Sboui à la sortie du commissariat central du 18e à Paris où elle a déposé plainte pour une agression — William Molinié/20 Minutes

A une amie, Amina Sboui a raconté qu’à son réveil, dimanche midi, elle avait cru à un mauvais rêve. Mais face à son miroir, la réalité reprend ses droits. «Elle était complètement déboussolée. Elle avait dû mal à y croire», confie une proche qui l’a accompagnée ce lundi matin au commissariat central du 18e à Paris et où 20 Minutes a recueilli son témoignage.

L’ancienne Femen tunisienne, libre depuis mai 2013, a déposé plainte pour l’agression qu’elle dit avoir subie dans la nuit de samedi à dimanche, Place de Clichy. Dans une première dénonciation, sur Facebook, la jeune femme situait les faits vers 5h du matin, dimanche, provoquant alors la réaction de nombreux internautes faisant mention qu’à cette heure-ci, le métropolitain n’était pas encore ouvert. Après vérification de l’historique d’appel de son téléphone portable, les policiers ont plutôt évalué les faits entre 6h10 et 6h20.

Une lame de rasoir

La jeune femme revenait de l’hôpital Bichat où elle avait passé la nuit pour être soignée d’une entorse qu’elle s’était faite en dansant l’avant-veille. Revenant chez elle par la ligne 13, puis la ligne 2, elle a quitté ses amis qui l’accompagnaient sur le quai du métro Place de Clichy. Ensuite, elle raconte avoir été approchée par un homme barbu. «Au début, il m’a dit que c’était bien ce que je faisais. Puis il s’est montré menaçant et m’a forcée à remonter dehors», raconte-t-elle à la sortie du commissariat.

Dans la rue, quatre autres individus, barbus et salafistes, dit-elle, l’auraient alors menacée et agressée. L’un d’entre eux aurait sorti «une lame de rasoir», lui rasant à blanc intégralement les deux sourcils ainsi que quelques mèches de cheveux au-dessus du front. «Ils m’ont dit que je ne méritais pas la beauté qu’Allah m’a donnée. Ils m’ont insultée et dit qu’ils allaient me violer», poursuit-elle, parlant de «guet-apens». Ce n’est qu’après l’avoir forcée à réciter quelques sourates du Coran que les individus l’auraient alors relâchée, remerciant «Allah de [l]’avoir remise dans le bon chemin».

Entretien téléphonique

Sa version des faits est prise avec des pincettes par les policiers qui vont s’attacher à vérifier point par point ses déclarations. D’autant qu’entre ses premières déclarations sur Facebook et son témoignage devant les policiers, certaines précisions, comme l’heure de l’agression, ont différé d’une version à l’autre. «C’est l’émotion. Elle était vraiment choquée. Elle n’avait plus de batterie sur son téléphone», justifie une proche.

Les policiers peuvent s’appuyer sur les bandes de vidéosurveillance de la RATP qu’ils ont déjà commencé à visionner pour crédibiliser ou fragiliser ses déclarations. Le ministère des Droits des femmes a lui-même pris ses distances avec la jeune femme. Alors qu’elle devait dans un premier temps être reçue au ministère, rue Saint-Dominique, elle sera finalement entendue par téléphone par un membre du cabinet de Najat Vallaud-Belkacem. «On va écouter sa version des faits. Tout simplement», souligne-t-on au ministère.