SNCM: Début des négociations sur fond de grève et de tensions

SOCIAL L’Etat et l’actionnaire principal estiment que la solution passe par une procédure judiciaire, ce que les syndicats rejettent…

20 Minutes avec AFP

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Un bateau de la SNCM, dans le port de Marseille, le 4 juillet 2014 pendant une nouvelle grève des salariés
Un bateau de la SNCM, dans le port de Marseille, le 4 juillet 2014 pendant une nouvelle grève des salariés — Bertrand Langlois AFP

Les négociations démarrent enfin, ce lundi, à la SNCM, pour tenter de mettre un terme à la grève qui s'enlise depuis deux semaines, provoquant de fortes tensions en Corse, mais le négociateur de l'Etat aura fort à faire pour rapprocher des positions a priori irréconciliables.

Ce week-end, chaque protagoniste a mis ses cartes sur la table. Dans un communiqué, l'actionnaire majoritaire Transdev (66%) a, sans surprise, réaffirmé sa volonté d'en passer par le redressement judiciaire pour la compagnie maritime. Pour «bâtir un avenir stable et pérenne», la «solution passera nécessairement par une procédure judiciaire», affirme le groupe de transports.

Lourdes condamnations européennes

De son côté, l'Etat (actionnaire à 25%), à qui les syndicats demandaient de clarifier sa position, est enfin sorti du bois, en affichant clairement son soutien à cette option; par la voix du secrétaire d'Etat aux Transports, Frédéric Cuvillier, puis de Manuel Valls qui a estimé que son ministre avait «eu raison de dire la vérité».

Etat et actionnaire majoritaire considèrent que ce passage au tribunal de commerce permettrait, outre d'apurer les comptes de la compagnie déficitaire, de lever l'hypothèque des lourdes condamnations européennes, nœud gordien du dossier SNCM depuis 18 mois. Les instances bruxelloises ont condamné à deux reprises l'entreprise, opérateur historique des liaisons Corse-continent, au remboursement d'aides publiques jugées indûment perçues: 220 millions d'euros lors de la privatisation, en 2006, et 220 autres millions pour la délégation de service public (DSP), entre 2007 et 2013.

Les syndicats demandent d’ exclure toute procédure judiciaire

Mais les syndicats ont réaffirmé dimanche soir leur lecture radicalement différente du dossier dans des lettres ouvertes à Transdev et à Manuel Valls. Ils interprètent le passage au tribunal comme une «disparition et un démantèlement», et affirment que les menaces bruxelloises ne sont ni réelles, ni imminentes. «Il faudra au moins 4 ou 5 ans pour considérer un éventuel remboursement dont les montants devraient être largement minorés et ne porter que sur le contentieux de la privatisation», jugent les syndicats dans leur courrier au Premier ministre.

Ils demandent ainsi d'«exclure» toute procédure judiciaire et, afin de trouver de nouveaux actionnaires, réclament une «garantie de passif» des actionnaires après épuisement des recours à Bruxelles.

Gilles Bélier, le médiateur fraîchement nommé pour gérer ce conflit, aura ainsi fort à faire pour réconcilier les parties, lundi après-midi à Marseille. Deux heures à peine avant la réunion organisée à la préfecture, la mairie, le conseil général et la communauté urbaine de Marseille tentaient de rapprocher les positions, avec une proposition de moratoire excluant toute procédure judiciaire pendant quatre mois afin de permettre la finalisation d'un projet de reprise.

Le bateau de la Méridionnale bloqué à Marseille

Cela risque d'être insuffisant. Il n'y aura pas de reprise du travail «tant qu'il n'y aura pas de garantie qu'il n'y aura pas tribunal de commerce. C'est un minimum, et après, on veut bien parler de tout», a affirmé Yann Pantel, l'un des représentants CGT. «On ne va pas faire la saison tranquillement pour se faire manger à la rentrée», a-t-il ajouté.

Pendant ce temps-là, sur le port de Marseille et en Corse, la situation continuait à se tendre. Sur le continent, le Kalliste, bateau de la Méridionale, seule autre compagnie assurant la liaison Corse-Marseille, était toujours bloqué par des marins grévistes.

La plupart des bateaux de croisière, qui assurent une manne financière à la ville, continuent à se dérouter vers d'autres ports méditerranéens. En Corse, plusieurs centaines de représentants du monde économique étaient de nouveau rassemblés lundi matin devant la préfecture de Bastia, après une évacuation musclée de la préfecture vendredi, qui a entraîné l'ouverture d'une enquête préliminaire des inspections générales de la police et de la gendarmerie nationale.