Pourquoi 100.000 animaux sont-ils abandonnés chaque année?

ANIMAUX La SPA (Société protectrice des animaux) lance ce mercredi une campagne nationale de sensibilisation aux abandons des animaux domestiques lors de l’été...

Delphine Bancaud

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La campagne d'été de la SPA.
La campagne d'été de la SPA. — SPA

Deux chiens les yeux apeurés pour symboliser le désarroi des animaux abandonnés. La SPA (Société protectrice des animaux) lance ce mercredi une campagne nationale de sensibilisation aux abandons des animaux domestiques lors de l’été

Car chaque année, 100.000 animaux sont abandonnés en France. La SPA en recueille 43.000, soit à la sortie des fourrières, soit lorsque les propriétaires viennent les déposer dans un des 56 refuges de l’association. Avec un vrai pic l’été: en juillet et août 2013, 8.159 chiens et chats ont ainsi été accueillis par la SPA. «La plupart du temps il s’agit de gros chiens, viennent ensuite les chats», explique Nathalie, qui travaille au refuge de Chamarande (Essonne). Et même si la majorité des abandons ont encore lieu sur la voie publique, la tendance est à la baisse sur ce point: «Les campagnes de la SPA et de 30 millions d’amis ont vraiment eu un impact. Les propriétaires ont davantage le réflexe de laisser leur animal dans un refuge pour lui donner plus de chances de survie», constate Jérôme Michalon, sociologue spécialiste des rapports humains et animaux au CNRS.

Des excuses souvent bidons

Les raisons de ces abandons sont multiples, certains propriétaires ne pouvant garder leur animal, d’autres ne le voulant pas. «Il arrive souvent qu’en cas de divorce, personne ne veuille garder l’animal. Idem après le décès du propriétaire. J’ai aussi vu des personnes développer des allergies à leur chat. Ou trouver que le labrador qu’ils avaient acheté petit était devenu trop imposant. Quant à ceux qui abandonnent leur animal car ils ne savent pas quoi en faire l’été, ils ne l’avouent généralement pas», observe Nathalie.

La crise a aussi un impact sur les abandons, comme le souligne Jérôme Michalon: «Pour certaines personnes, l’animal devient une variable d’ajustement, car elles n’ont plus les moyens de bien le nourrir et le soigner». Enfin, dans des cas plus rares, les propriétaires «abandonnent leur animal âgé dans un refuge SPA pour ne pas avoir à prendre la décision de le faire piquer», constate le sociologue.

L’animal perçu comme «un être subalterne»

Certains de ces abandons reflètent les rapports ambivalents que des propriétaires entretiennent avec leurs animaux selon le sociologue: «Ils ont pris un chat ou un chien pour se distraire ou amuser leurs enfants, dans une dynamique de consommation. Ils n’ont pas mesuré les conséquences que cela implique, à savoir nourrir, soigner, sortir l’animal. Face à cette incompatibilité de la vie commune, ils préfèrent donc s’en séparer», ajoute-t-il. «Cela démontre aussi que certains propriétaires ne considèrent pas leur animal comme un être à part entière, mais comme un être subalterne». Pour ces derniers, le fait que l’abandon d’un animal, soit passible de deux ans de prison et 30.000 euros d’amende n’est même pas dissuasif. «Ils savent qu’ils risquent peu de poursuites», conclut Jérôme Michalon.

*Jérôme Michalon est l'auteur de Panser avec les animaux. Sociologie du soin par le contact animalier, paru aux Presses de l’École des Mines.