Vacances: La France, ce pays où on croit savoir nager

SECURITE En été, plus de deux personnes se noient chaque jour en France, par manque de vigilance ou de formation…

Romain Scotto

— 

La Teste-de-Buch, 6 juilet 2011. - Exercice d'entrainement au secours par l'equipe de sauveteurs en mer-CRS de la place du Petit Nice sur la commune de La-Teste-de-Buch. - Photo : Sebastien Ortola
La Teste-de-Buch, 6 juilet 2011. - Exercice d'entrainement au secours par l'equipe de sauveteurs en mer-CRS de la place du Petit Nice sur la commune de La-Teste-de-Buch. - Photo : Sebastien Ortola — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Chaque été ou presque, la natation française vit une expérience un brin schizophrénique. Elle fête d’abord ses champions, Agnel, Manaudou ou Muffat, qui raflent titre sur titre dans les bassins internationaux. Puis elle pleure dans la foulée la mort par noyade de vacanciers imprudents, présomptueux ou mal informés sur les dangers de l’eau. Selon la dernière enquête de l’INVS, les noyades représentent 20.000 accidents chaque année, dont 500 mortels, avec une pointe en période estivale à 2,5 décès quotidiens. «L’année dernière, il y avait un vrai décalage qu’on s’est pris en pleine figure, se souvient Louis-Frédéric Doyez, directeur général de la fédération de natation. On ne veut pas que l’eau soit une source de malheur pour les familles.» Avant de savoir nager vite, il faut savoir nager tout court, ce qui ne serait pas le cas d’au moins 50 % des Français, selon la FFN.

Le socle commun des compétences du «bon nageur», défini par la FFN, est pourtant sommaire: nager 10m sous l’eau et 25m en dehors, comme quelqu’un qui serait coincé sous un bateau et voudrait regagner la berge. Sans s’essouffler, si possible. Pour Virginie Taverne, présidente de l’association nationale de prévention des accidents en piscine, «on est très mauvais car il y a problème d’apprentissage. En 6e, les trois quarts des enfants ne savent pas nager.» Un chiffre qui s’explique en partie par un manque de structures sur l’ensemble du territoire. Les piscines sont rares, souvent bondées et le prix des cours particuliers (15-20 euros) reste prohibitif pour beaucoup de familles.

Une pénurie de maîtres najeurs

C’est donc à l’école que la majorité des enfants apprennent à lâcher les brassards au côté d’instituteurs et parents d’élèves non formés. «Du coup, ils mettent trois ans en moyenne pour apprendre à nager. Avec un maître nageur diplômé, quinze leçons suffiraient», s’emballe Jean-Michel Lapoux, secrétaire général de la FMNS, la fédération des maîtres nageurs sauveteurs. Problème, il manque actuellement 4 à 5.000 shorts rouges (ou bleu d’ailleurs) au bord des bassins et sur les plages françaises. Des «sauveteurs aquatiques» les remplacent, mais n’ont pas le droit d’enseigner.

Pour expliquer cette pénurie, leur représentant national avance les faibles salaires d’embauche, le coût de la formation, sa durée (une année de Staps) et l’impossibilité de réquisitionner des bassins à cet effet. «J’ai formé 2.000 maîtres nageurs en 20 ans. J’ai eu un mal terrible à trouver des piscines à tel point que j’ai abandonné. Les piscines n’en avaient rien à faire que je vienne avec des maîtres nageurs à former pour d’autres villes.»

Un plan général «apprendre à nager» mis en place par le ministère

Dans les techniques d’apprentissage, quelques erreurs sont également soulignées. Pendant des années, les enseignants ont pratiqué la méthode dite «sans bouée», consistant à jeter les enfants dans l’eau en les rattrapant avec une perche. Un concept traumatisant pour de nombreux enfants qui revenaient la semaine suivante avec un certificat médical. Pour leur redonner le goût de la nage, des cours pour lutter contre l’aquaphobie ont été mis en place dans les piscines. Le ministère travaille aussi sur un plan général «apprendre à nager» qui permettrait à des enfants d’être initiés gratuitement.

D’une manière générale, c’est donc l’absence de culture aquatique qui est pointée de la nageoire. Dans ce domaine, la France aurait beaucoup à apprendre des Anglais, des Allemands, des Australiens et des Néerlandais. «Aux Pays-Bas, c’est magnifique, ils apprennent à nager très tôt, en intégrant que l’eau est dangereuse, ils sont à la pointe de la prévention et de la sécurité», souligne Virginie Taverne, tout en rappelant que de nombreuses personnes noyées savaient nager. Selon les conditions et l’état de santé des sujets concernées, même un bon crawl ne suffit pas toujours pour échapper au danger.