VIDEO. Ecoutes Sarkozy: Explication de texte d’une tragédie politique en cinq actes

JUSTICE L’avocat de l’ancien président et deux hauts magistrats ont été placés en garde à vue ce lundi…

William Molinié

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Nicolas Sarkozy lors d'une conférence à Monaco le 18 juin 2014.
Nicolas Sarkozy lors d'une conférence à Monaco le 18 juin 2014. — V.HACHE/AFP

Mis à jour le 1er juillet 2014: Nicolas Sarkozy est placé en garde à vue...

L’avocat de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog et deux avocats généraux à la Cour de cassation, Gilbert Azibert et Patrick Sassoust ont été placés en garde à vue lundi matin dans le dossier de trafic d’influence où est cité l’ancien président.

Les policiers de l’office anticorruption cherchent à savoir si l’ancien chef de l’Etat, avec l’appui de son avocat, a cherché à obtenir des informations auprès du haut magistrat Gilbert Azibert sur une décision judiciaire le concernant en échange de la promesse d’un poste de prestige.

Vous n’avez toujours rien compris? Explication de texte d'une tragédie en cinq actes, digne des pièces dignes de Racine.

 

  • Acte I: Sarkozy est placé sur écoute

Le cadre. Depuis avril 2013, Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir fait financer une partie de sa campagne présidentielle de 2007 par l’ex-dictateur libyen, Mouammar Kadhafi. Les juges Serge Tournaire et René Grouman enquêtent. Et décident alors de le mettre sur écoute en septembre de la même année.

  • Acte II: Ce que révèlent les écoutes

En février 2014, une information judiciaire est ouverte pour violation du secret de l’instruction et trafic d’influence. Les juges s’aperçoivent - l'élément modificateur -, en interceptant des discussions téléphoniques entre l’ancien président et son avocat, qu’il a eu recours à Gilbert Azibert, premier avocat général à la Cour de cassation, pour obtenir des informations sur une procédure en cours dans l’affaire Bettencourt où il est également cité.

En échange, Azibert aurait demandé à Nicolas Sarkozy d’activer ses relations pour lui obtenir un poste à Monaco. En vain.

  • Acte III: Où l’on croit que Nicolas Sarkozy va s’en sortir

Dans ce troisième acte, les protagonistes cherchent une solution au drame. Tout paraît encore possible. Très rapidement, Me Thierry Herzog dément les accusations du Monde qui révèle l’affaire. Il dénonce alors une «affaire politique». De son côté, Nicolas Sarkozy reste silencieux. Les avocats s’indignent d’une «dérive procédurale» et posent la question: peut-on écouter un ancien président alors qu’il converse avec son avocat? Les robes noires signent une pétition et s’inquiètent d’un affaiblissement des droits de la défense et du secret professionnel.

Les rebondissements sont nombreux. Les principaux protagonistes sont aidés par les couacs du gouvernement, notamment ceux de Christiane Taubira qui s’embourbe le 10 mars dans une explication hasardeuse, déclarant qu’elle n’a pas eu d’information sur les écoutes avant la parution des révélations dans Le Monde. Personne n’y croit. «L’affaire Sarkozy» devient «l’affaire Taubira». La gauche, elle, dénonce «l’affaire dans l’affaire».

  • Acte IV: La preuve rendue publique

Le quatrième acte est celui où se noue définitivement l’action. Petit à petit, le sort des protagonistes se scelle. En tout cas, dans l'esprit de l’opinion publique… Les extraits d’écoutes accablent Nicolas Sarkozy. Le site Mediapart publie les extraits de sept écoutes judiciaires des conversations entre l’ancien président et son avocat. Ce dernier qualifie notamment de «bâtards de Bordeaux» les juges qui avaient mis en examen son client dans le cadre de l’affaire Bettencourt avant qu’il bénéficie d’un non-lieu.

Ce quatrième acte s’achève avec l’ultime rebondissement survenu ce lundi matin. Me Herzog et deux hauts magistrats, dont Gilbert Azibert, viennent d’être placés en garde à vue. L’entracte se tient dans les locaux de la direction centrale de la police judiciaire, à Nanterre. Les policiers veulent savoir si oui ou non les juges ont été approchés directement ou indirectement par l’ancien président.

  • Acte V: Le dénouement

Il va s’écrire dans les heures qui viennent. Deux destins sont en jeu. Celui, personnel, de Nicolas Sarkozy qui, selon les conclusions de son interrogatoire, celles de son avocat et des deux magistrats, pourrait être scellé.

L’autre destin, cette fois-ci collectif, est celui de la Cour de cassation. Si un magistrat a renseigné un mis en cause, serait-ce un ancien président de la République, le doute peut être porté sur l’intégrité de la plus haute juridiction française. Celle pourtant qui ne doit laisser planer aucun doute, au risque de remettre en cause l'ensemble de la hiérarchie judiciaire.