ABCD de l’égalité: Autopsie d’une reculade

EDUCATION Après des mois de polémique, le gouvernement s'apprête à enterrer lundi les ABCD de l'égalité sous leur forme actuellle...  

Delphine Bancaud

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Benoît Hamon, ministre de l'Education
Benoît Hamon, ministre de l'Education — STRINGER / AFP

Le B.A.-BA de la lutte contre le sexisme. Le dispositif des ABCD de l’égalité expérimenté cette année, devait permettre de lutter contre les stéréotypes filles-garçons à l’école. Un dessein qui semblait à l’origine consensuel, mais le dispositif est vite devenu un sujet polémique. D’où la décision du gouvernement de ne pas généraliser l’expérimentation comme prévu. La ministre du Droit des femmes, Najat Vallaud-Belkacem a cependant annoncé ce dimanche qu’elle serait remplacée «par un programme très ambitieux» généralisé à tous les élèves. 20 Minutes revient sur l’histoire d’une controverse.

Octobre 2013: Une expérimentation plutôt bien accueillie

Conçus par le ministère de l’Education nationale et le ministère des Droits des femmes, les ABCD de l’égalité sont lancés en octobre 2013 et expérimentés de la grande section de maternelle au CM2 dans 600 classes de 275 écoles de dix académies. Cette expérimentation vise à «faire prendre conscience aux enfants des limites qu’ils se fixent eux-mêmes, des phénomènes d’autocensure trop courants, leur donner confiance en eux, leur apprendre à grandir dans le respect des autres», selon le ministère de l’Education. Un site dédié propose des ressources pédagogiques aux enseignants pour aborder en classe l’égalité garçons-filles, dans les cours d’arts plastiques, éducation physique sportive, histoire… Après évaluation, le dispositif doit être généralisé à la rentrée 2014.

Novembre 2013: Les actes de vandalisme du «Printemps français» attirent l’attention sur l’expérimentation

Des personnes se réclamant du «Printemps français» collent des affiches anti «théorie du genre», inscrivent des tags et jettent des souris de laboratoire sur des locaux du premier syndicat des enseignants du primaire, le SNUipp à Paris et Orléans. En cause: le soutien affiché du syndicat aux ABCD de l’égalité dans une brochure qu’il vient d’éditer et qui s’intitule «éduquer contre l’homophobie».

Fin janvier 2013: Un appel au boycott de l’école est lancé

Une campagne relayée par SMS et sur les réseaux sociaux appelle les parents à ne pas mettre les enfants à l’école un jour par mois, pour protester contre un supposé enseignement de la «théorie du genre». Selon des rumeurs, les garçons seraient obligés de porter des robes et des cours de masturbation seraient dispensés en maternelle. A l’origine de cet appel, Farida Belghoul, une proche d’Alain Soral. Parallèlement, depuis plusieurs mois, des militants de la Manif pour tous assurent que l’Education nationale diffuse subrepticement la soi-disant «théorie du genre». Une centaine d’écoles sont perturbées par des absences d’élèves. Pour lutter contre la rumeur, le ministre de l’Education fait une mise au point en martelant qu’il n’y a pas d’enseignement de la «théorie du genre» à l’école mais une «éducation à l’égalité fille-garçon». Un sondage BVA paru le 1er février 2014 le conforte dans son action puisque les ABCD de l’égalité sont approuvés par 53 % de Français.

Février 2014: Le report de la loi famille donne des ailes à la Manif pour Tous

La Manif pour Tous accueille comme une «première victoire» le report sine die du projet de loi famille par le gouvernement et annonce qu’elle exige la «suspension de l’ABCD de l’égalité». Jean-François Copé, alors président de l’UMP, en profite pour souffler sur les braises en dénonçant le livre «Tous à poil» qui fait partie des 500 ouvrages recommandés sur le site de l’ABCD de l’égalité.

Avril 2014: Benoît Hamon succède à Vincent Peillon

Vincent Peillon a buté contre la réforme des rythmes scolaires, a parfois minimisé certaines polémiques et a fait plusieurs erreurs de communication. Il est écarté du gouvernement et remplacé par Benoît Hamon, qui a notamment pour mission de déminer les dossiers les plus brûlants.

Juin 2014: Le ministère annonce la fin du dispositif

«L’éducation à l’égalité est une mission essentielle de l’école. Il n’est nullement question d’y renoncer», affirment le 20 juin dans des messages identiques sur leurs comptes Twitter, Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem. Un rapport d’évaluation du dispositif est remis aux ministres, avec des retours positifs. Pourtant la ministre du Droit des femmes a confirmé ce dimanche que les ABCD de l’égalité ne seront pas reconduits dans la forme actuelle. Najat Vallaud-Belkacem annonce sur France 3 que le dispositif sera remplacé par un programme «très ambitieux», généralisé à tous les élèves. Des arguments qui ne convainquent pas certaines associations féministes et certains syndicats d'enseignants, dénonçant un nouveau renoncement du gouvernement.