VIDEO. Fin de vie: L'exécutif avance, à reculons, pour améliorer la loi

SOCIETE Un an après la fronde sur la légalisation du mariage homosexuel, François Hollande et le gouvernement ont appris à être très prudents sur les sujets de société même si les affaires Lambert et Bonnemaison les obligent à bouger...

Mathieu Bruckmüller
Le président François Hollande à l'Elysée, à Paris, le 23 mai 2014
Le président François Hollande à l'Elysée, à Paris, le 23 mai 2014 — Bertrand Guay AFP

Sur la pointe des pieds. Alors que le débat sur la fin de vie reprend de plus belle avec le télescopage judicaire de deux dossiers emblématiques, l’exécutif avance avec la plus grande prudence sur un terrain miné.

Premier rebondissement mardi soir dans l’affaire Vincent Lambert avec la décision en urgence de la Cour Européenne des droits de l’homme (CEDH) de maintenir en vie ce patient tétraplégique en état de conscience minimale depuis six ans, suite à la demande de ses parents qui s’opposent au souhait de son épouse d’en finir avec l’acharnement thérapeutique. Une décision qui est venue suspendre celle inverse prise quelques heures avant par le Conseil d’Etat, la plus haute juridiction administrative.



Affaire Vincent Lambert: Le marathon judiciaire… par 20Minutes

Nouvelle surprise mercredi midi avec l’acquittement de Nicolas Bonnemaison, le médecin qui risquait la perpétuité pour avoir abrégé la vie de sept patients en phase terminale. La veille, le procureur avait requis cinq ans de prison avec sursis.

La loi Leonetti au coeur des débats

Dans les deux cas, la loi Leonetti, qui encadre la fin de vie en interdisant l’acharnement thérapeutique et en autorisant l’arrêt de traitements dans certains cas, a été au cœur des débats. Face à une mise en pratique jugée «difficile», les avocats de Nicolas Bonnemaison appellent les politiques à adapter la législation. «Il est urgent que François Hollande arrête de tergiverser et dise clairement qu’il va légaliser l’euthanasie comme 90 % des Français l’attendent», abonde Jean-Luc Roméro, le président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité.

Bien que le président de la République se soit toujours abstenu de prononcer le mot «euthanasie» (ou suicide assisté), il a promis depuis la campagne présidentielle de 2012 une nouvelle loi pour «compléter» et «améliorer» la loi Leonetti. Mais la fronde contre le mariage pour tous a laissé des traces. Hors de question pour le chef de l’Etat de diviser le pays sur une autre question de société.

Sujet inflammable

La fin de vie est un sujet hautement inflammable à en juger depuis 24 heures les nombreuses réactions divergentes, que ce soit à la décision du Conseil d’Etat, à l’image des parents de Vincent Lambert, catholiques traditionnalistes, et de leur conseil Maître Triomphe (un avocat du mouvement intégriste Civitas), ou à l’acquittement du médecin Bonnemaison.

>> L’acquittement du Dr Bonnemaison déchaîne les passions

Le gouvernement a donc chargé les députés UMPJean Leonetti et PS Alain Claeys d’une énième mission, après celle du professeur Sicard en 2012, pour proposer des aménagements à la loi sur la fin de vie, et ce, avant le 1er décembre. Le texte doit servir de base pour «faire évoluer le cadre législatif», dit le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll, qui souhaite un «consensus» le «plus large possible» au Parlement.

Autoriser ou pas le suicide assisté?

Pas question donc de dépénaliser l’euthanasie. Mais l’amélioration des soins palliatifs, de même que la «sédation terminale», c’est-à-dire le fait d’endormir un malade pour lui éviter des souffrances, ce qui peut entraîner la mort mais pas de façon intentionnelle, devraient être au centre des travaux.

Quant au suicide assisté, à savoir permettre à un médecin de fournir des substances létales au patient pour qu’il abrège lui-même ses souffrances, si Jean Leonetti y est opposé, son collègue Alain Claeys souhaite en débattre.