Blessé en ex-Yougoslavie: «Il y a des jours où il faut serrer les dents»

TEMOIGNAGE L’adjudant chef Laurent Mamarot, 50 ans, participe aux Rencontres militaires blessures et sports du 16 juin au 4 juillet. Il revient pour «20 Minutes» sur son histoire…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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L'adjudant chef Laurent Mamarot.
L'adjudant chef Laurent Mamarot. — ARMEE DE TERRE

«Il faut se battre tous les jours.» Militaire dans les troupes de marine à Nantes, l’adjudant-chef Laurent Mamarot est grièvement blessé lors d’une attaque en ex-Yougoslavie en 1995. Après une amputation, des mois de convalescence et une réorientation, le soldat a retravaillé au sein de son régiment. Il a rejoint le centre d’information de l’armée de Terre de Nantes en 2010.

Du 16 juin au 4 juillet, ce quinquagénaire participe avec une cinquantaine de militaires blessés à la 3e édition des rencontres militaires blessures et sports (RMBS), qui se tiennent dans le Cher, à Bourges et à Aubigny-sur-Nère. Ces rencontres sont l’occasion de faire du sport, mais aussi d’échanger entre les militaires et les acteurs de l’accompagnement.

Vous êtes militaire, et vous avez été blessé. Que vous est-il arrivé?

Je me suis engagé en 1982 à la 11e division parachutiste. Ma première grosse opération, c’est en 1983 au Drakkar [le 23 octobre 1983, 58 parachutistes français sont tués dans un attentat à Beyrouth, au Liban]. Je rejoins les troupes de marine à Nantes six ans plus tard. Je me marie le 15 avril 1995 et le 19, je pars avec un petit détachement du régiment d’infanterie chars de marine (RICM) en ex-Yougoslavie. Le 22 juillet 1995, on est dans un convoi sur le Mont Igman, derrière l’aéroport de Sarajevo. Dix-neuf mortiers tombent, dont l’un à deux mètres de moi. Je suis touché aux jambes, au fémur.

Que se passe-t-il ensuite?

La suite, c’est un mois de coma artificiel, l’amputation au-dessous du genou droit, un fixateur sur l’autre jambe plus des éclats d’obus au niveau de l’abdomen et une paralysie de l’épaule. Neuf mois d’hôpital puis le centre d’appareillage de Valenton pendant trois mois. Mais l’histoire se finit bien. Je ressors du centre le 1er juin 1996, pour aller me marier à l’Eglise.

Et professionnellement?

Cela s’enchaîne très vite. Je reprends le travail en septembre 1996. Je vais travailler pendant deux ans sans prothèse après une blessure. L’armée me permet de retravailler dans ma compagnie, dans mon régiment. Peu à peu, je reprends les manœuvres, les exercices, et en 2002, je repars pour l’ex-Yougoslavie, à Mostar. Je suis désormais en spécialité transit-régulation. Je vérifie les chargements des avions, des bateaux, les caisses d’armement par exemple. Je suis envoyé plusieurs mois au Sénégal en 2003, puis en Côte d’Ivoire, puis au Kosovo… Je rejoins en 2010 le centre d’information de l’armée de Terre à Nantes, où l’on fait notamment du recrutement.

Travailler vous a-t-il aidé à vous relever psychologiquement?

L’armée m’a donné la possibilité de continuer, même s’il faut se battre et faire ses preuves. Je suis autonome, cela m’a aidé à me sentir comme tout le monde. Et puis, dans l’armée, il y a aussi une grande solidarité, le sentiment de faire partie d’une grande famille, même après l’accident. Donc aujourd’hui, il y a des jours avec, et des jours plus difficiles, où il faut serrer les dents. Hors de l’armée, il y a le club de basket, les amis, le bricolage, j’ai la chance d’avoir un environnement très favorable pour ma reconstruction.

Et demain?

Je n’ai jamais vraiment pris le temps de m’appareiller correctement, car je voulais reprendre le plus vite possible le travail. Et puis tout allait, du moment où je pouvais marcher. Mais il y des douleurs. J’ai 50 ans, le corps est plus fragile. Mon contrat court jusqu’en 2022 mais je vais probablement me reconvertir avant. Prendre du temps pour moi, ce que je n’ai jamais vraiment fait, entrer dans le milieu associatif. Et puis je voudrais dire que mon épouse et mes trois enfants sont remarquables. Avec mon épouse, on s’est marié pour le meilleur et le pire. Le pire, on l’a vécu, et on continue toujours.