Beaucoup de bruit pour peu de grévistes

SOCIAL «Le niveau de contestation sociale est à un niveau historiquement bas en France», selon un chercheur…

Enora Ollivier
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Manifestation de cheminots à Lyon, le 16 juin 2014.
Manifestation de cheminots à Lyon, le 16 juin 2014. — Laurent Cipriani/AP/SIPA

Si la colère sociale de ces derniers jours est visible car elle se traduit par des coups d’éclat, elle est «repliée sur des secteurs très particuliers, bénéficiant de certains privilèges». Entre la grève des cheminots et le mouvement des intermittents, le mois de juin paraît bien chaud sur le front social en France. S’ajoute jeudi une grève des psychologues hospitaliers ainsi que chez Pôle emploi. Pour autant, le «grand soir» ou même la convergence des protestations n’est pas vraiment au programme. «L’idée d’une tradition de la contestation sociale globale en France relève plutôt de la mythologie», estime Dominique Andolfatto, professeur de Sciences politiques à l’université de Bourgogne, et spécialiste du syndicalisme.

Au contraire, «le niveau de contestation est à un niveau historiquement bas dans le pays», ajoute le chercheur. En gros, les grèves se concentrent dans la fonction publique et le domaine des transports, qui représentaient à eux deux 88 % des journées non travaillées en 2005. En 2011, seules 1,8 % des entreprises de plus de 10 salariés ont déclaré une grève.

«Les salariés font le dos rond»

«Le gros de l’économie n’est pas touché», analyse Dominique Andolfatto, et ce, notamment parce que «les temps sont difficiles. Les salariés font le dos rond. Vu le taux de chômage actuel, certains se disent qu’il ne faut pas mettre en danger l’entreprise».

Le dernier important mouvement social remonte à 2010 et à la contestation de la réforme des retraites. Seulement, il s’agissait «principalement d’une succession de manifestations, dont certaines avaient lieu le samedi. Il y a eu une augmentation des journées de grève, mais c’était sans comparaison avec les mouvements de 1995 et 1968». L’année 1968 a ainsi compté 150 millions de journées de grève, quand aujourd’hui on tourne plutôt autour de deux millions de journées non travaillées annuellement.

De quoi donner raison à Nicolas Sarkozy et sa célèbre phrase prononcée en 2005, «désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit»? Oui et non. Car si grèves et manifestations sont en déclin, elles laissent la place à de nouvelles formes d’actions collectives. Les débrayages (arrêts de travail de courte durée, parfois d’une heure), les refus d’heures supplémentaires et les pétitions sont en constante augmentation. Des données qui faisaient dire au ministère de l’Emploi en 2007 (date de la dernière étude disponible) que la «conflictualité du travail s’est intensifiée» en 10 ans, avec 30 % des établissements de plus de 20 salariés ayant connu un conflit collectif entre 2002 et 2004.