Bac philo: Dernières révisions avec M.Pokora et Claude François

VIDEORAMA Dans son livre « La philo en 50 chansons », l’ancien professeur de philosophie Thierry Aymès propose de réviser en musique…

Audrey Chauvet
— 
Un lycéen de terminale vu de haut planchant sur sa copie de philosophie du baccalauréat le &7 juin 2013
Un lycéen de terminale vu de haut planchant sur sa copie de philosophie du baccalauréat le &7 juin 2013 — Frederick Florin AFP

A la veille du bac de philo, il est grand temps de réviser ses classiques. Mais plutôt que de relire Platon ou Rousseau, ce sont les classiques de la chanson française que Thierry Aymès, ancien professeur de philosophie, propose de réécouter. Dans son livre La philo en 50 chansons (éd. de l’Opportun), Claude François, Alain Souchon ou M.Pokora prennent une dimension métaphysique. Ou comment bachoter avec Youtube.

Camille et Schopenhauer

 



«Prendre ta douleur»: une idée qui n’aurait certainement pas convaincu Arthur Schopenhauer, dont le système de pensée se base sur une vision pour le moins pessimiste de la vie, qui oscillerait constamment entre souffrance et envie. La douleur est l’essence même de la vie selon Schopenhauer: «Travail, tourment, peine et misère, tel est sans doute durant la vie entière le lot de presque tous les hommes. Mais si tous les vœux, à peine formés, étaient aussitôt exaucés, avec quoi remplirait-on la vie humaine, à quoi emploierait-on le temps?», écrit le philosophe allemand, pour qui «Les efforts sans trêve pour bannir la souffrance n’ont d’autre résultat que d’en changer la figure.»

M.Pokora et René Girard

 



Dans sa chanson, M.Pokora tente de convaincre sa belle: «Tu es désirée de tous/Sur cette île moi seul peux te combler». A la lumière de la pensée philosophique de René Girard, la chansonnette prend un aspect bien plus profond qu’elle n’y paraît: c’est parce que la belle est désirée de tous que Matt veut l’avoir pour lui tout seul, et c’est parce que les autres l’ont désignée désirable qu’elle l’est à ses yeux. Le philosophe contemporain a théorisé le «désir mimétique», se fondant sur l’idée que nous ne désirons quelque chose que parce qu’il nous est désigné désirable par un tiers, et la violence qui en découle.

Claude François et Aristote

 



Le tube international de Cloclo pourrait figurer en bonne place des copies de philo. L’habitude, sur toi de remonter le drap ou tout seul d’aller se coucher, fait de nous ce que nous sommes pour Aristote. «L’excellence est un art que l’on n’atteint que par l’exercice constant. Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée. L’excellence n’est donc pas une action mais une habitude», écrit le philosophe grec dans l’Ethique à Nicomaque. «La vertu morale est fille des bonnes habitudes» et non de notre nature: «C’est à force de pratiquer la justice, la tempérance et le courage que nous devenons justes, tempérants et courageux», estime Aristote qui aurait sans doute conseillé à Cloclo de quitter cette femme qui le fait sombrer dans de très tristes habitudes.

Johnny Hallyday et Michel Foucault

 



«Je n’étais qu’un fou, mais par amour, elle a fait de moi, un fou d’amour»: Johnny n’est pas fou, c’est la société qui le désigne ainsi, aurait corrigé Michel Foucault, dont les travaux ont porté sur les raisons de l’exclusion sociale et de l’enfermement des «fous». Pour le philosophe, la folie n’est que la face cachée, derrière quatre murs d’un hôpital psychiatrique, de notre société et révélerait ainsi ce que celle-ci ne parvient pas à penser, à concevoir. «L’amour déçu dans son excès, l’amour surtout trompé par la fatalité de la mort n’a d’autre issue que la démence»: de quoi rassurer Johnny dont la conclusion du refrain, «Pour qu’un grand amour vive toujours, il faut qu’il meure d’amour», n’a rien à envier au paradoxe établi par Foucault: «Jamais la psychologie ne pourra dire sur la folie la vérité, puisque c’est la folie qui détient la vérité de la psychologie.»

Alain Souchon et Jean Baudrillard

 



Nul doute qu’Alain Souchon soit un grand philosophe contemporain, mais sa chanson Foule sentimentale aurait même pu préfacer La société de consommation, l’ouvrage de Jean Baudrillard paru en 1970. «On nous fait croire, que le bonheur c’est d’avoir, d’en avoir plein nos armoires, dérision de nous dérisoire»: le philosophe n’aurait pas dit mieux dans sa théorie de la consommation de masse comme structurante des relations sociales. Pour Baudrillard, le «système de la consommation» se définit comme la «production industrielle des différences» qui donne l’illusion au consommateur de choisir: «Le consommateur vit comme liberté, comme aspiration, comme choix ses conduites distinctives, il ne les vit pas comme contrainte de différenciation et d’obéissance à un code», écrit Baudrillard. Souhaitons, avec Alain Souchon «Pour demain nos enfants pâles, un mieux, un rêve, un cheval».