Grève: «La SNCF doit pouvoir réquisitionner les conducteurs»

INTERVIEW Rencontre avec Jean-Claude Delarue, président de la Fédération des usagers des transports et des services publics...

Propos recueillis par Céline Boff
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Des usagers de la SNCF attendent un train sur un quai de la gare de l'Est, le 11 juin 2014 à Paris
Des usagers de la SNCF attendent un train sur un quai de la gare de l'Est, le 11 juin 2014 à Paris — Jacques Demarthon AFP

Et de trois. Une partie du personnel de la SNCF entame ce vendredi sa troisième journée de grève consécutive pour protester contre le projet de réforme du gouvernement et le mouvement va être reconduit samedi. Si la mobilisation faiblit depuis mercredi, la situation reste compliquée pour les usagers. Le service minimum est-il suffisant? 20 Minutes a posé la question à Jean-Claude Delarue, président de la Fédération des usagers des transports et des services publics.

Quel regard portez-vous sur le service minimum assuré par la SNCF depuis mercredi?

En fait, le service minimum n’existe pas, c’est un abus de langage. Par exemple, si 100 % des conducteurs décidaient de se mettre en grève, aucun train ne circulerait.

Ce qui existe en revanche, c’est le service garanti: la SNCF s’engage à faire circuler un certain nombre de trains et elle détermine ce trafic en se basant sur les effectifs qui seront présents. C’est le changement majeur apporté par la loi de 2007, qui contraint les salariés à se déclarer grévistes 48 heures avant le début du mouvement.

Selon vous, la SNCF gère-t-elle correctement ce service garanti?

C’est difficile à dire dans la mesure où la SNCF n’est pas transparente sur le profil des grévistes (*). Ce vendredi, elle annonce un taux de participation à la grève nationale de 17,49 %, mais elle ne précise pas qui sont ces salariés. Sont-ils essentiellement guichetiers? Parce que si c’est le cas, cela n’empêche pas les trains de circuler et la fréquence laisse alors à désirer.

Ce service garanti n’est donc pas suffisant?

Les grèves à la SNCF sont moins nombreuses ces dernières années, mais dans le même temps, le nombre de voyageurs ne cesse de progresser, notamment en région francilienne. Ainsi, 70 % des usagers quotidiens de la SNCF résident en Ile-de-France! Sur le RER B, la fréquentation a progressé de 40 % ces dix dernières années.

Les trains sont donc totalement bondés et quand la grève survient et qu’un train sur deux ou un train sur trois ne circule pas, la situation devient épouvantable. La montée en puissance de la fréquentation doit faire évoluer les règles.

Que demandez-vous?

Je suis favorable à la proposition de Valérie Pécresse [annoncée dans 20 Minutes] d’accroître le nombre de trains circulant pendant les grèves et de mieux informer les voyageurs.

Nous n’avons jamais défendu cette position, mais nous estimons aujourd’hui que la SNCF doit avoir le droit de réquisitionner les personnels nécessaires à la circulation des trains. Le droit de grève doit être respecté, mais l’ordre public aussi et nous sommes actuellement au bord de l’affrontement. François Hollande a parlé de la colère qui peut être créée chez les usagers et ce ne sont pas des phrases en l’air. Les usagers sont à bout de nerfs, la situation peut vraiment dégénérer.

(*) 20 Minutes a interrogé la SNCF à ce sujet, mais l’entreprise n’a pas souhaité répondre à nos questions.