Tuerie de Bruxelles: Mehdi Nemmouche se mue en martyr judiciaire

JUSTICE Il consent d’être remis aux autorités belges, à condition d’avoir des garanties pour ne pas être extradé en Israël…

William Molinié

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Le convoi de Mehdi Nemmouche le 12 juin 2014 à la cour d'appel de Versailles.
Le convoi de Mehdi Nemmouche le 12 juin 2014 à la cour d'appel de Versailles. — Remy de la Mauviniere/AP/SIPA

Arrivé ce jeudi matin à la cour d’appel de Versailles dans une voiture aux vitres teintées, encadrée par des motards et deux véhicules banalisés, le suspect de la tuerie de Bruxelles a lancé un rapide clin d’œil à quelques proches à son entrée dans la salle d’audience. Au fond de la pièce, des hommes surarmés du RAID, l’élite de la police nationale, et de l’équipe régionale d’intervention et de sécurité (ERIS) de l’administration pénitentiaire. Mehdi Nemmouche sait qu’il est un des détenus français les plus surveillés.

«Tout ce monde-la pour un seul lascar», s’esclaffe ironiquement un ouvrier chargé des travaux de rénovation de la cour, anciennes écuries de la Reine. Il est descendu de son échafaudage pour tenter d’apercevoir l’homme soupçonné d'avoir tiré de sang-froid sur quatre personnes le 24 mai dernier au musée juif de Bruxelles. Ce dernier, arrêté le 30 mai par les douanes à Marseille, doit être remis aux autorités belges pour y être jugé.

Les journalistes attendent l’arrivée du convoi devant la cour d’appel de Versailles… W.M.

«Il doit être jugé en France»

Ce jeudi matin, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles devait examiner cette demande de transfert. Juridiquement, il ne s’agit pas d’une «extradition» mais de «l’exécution d’un mandat d’arrêt européen», a rappelé l’avocate générale. «En droit français, on ne choisit pas son juge», a martelé la magistrate, pour qui «la compétence naturelle liée aux lieux des faits devait être privilégiée».

Mais l’avocat de Mehdi Nemmouche ne l’entend pas ainsi. «Il est Français. Il a été arrêté en France. Une des victimes est française. Il doit être jugé en France», a affirmé son avocat, Apolin Pepiezep, sans vraiment convaincre par ses arguments juridiques.

Martyre judiciaire

Le suspect, barbe de trois jours, polaire noire, écoute attentivement, mais de façon impassible, les débats. «Consentez-vous à être remis aux autorités belges?», questionne la présidente. «Non», répond fermement Mehdi Nemmouche. Rien de surprenant, il s’est depuis le début de l’affaire opposé à son «extradition». Cependant, en fin d’audience, alors que la cour lui demande s’il a quelque chose à rajouter, il nuance: «En admettant que la Belgique affirme fermement qu’elle ne me remettra pas à un pays tiers, je ne m’opposerai pas à cette remise.»

Le convoi repart de la cour d’appel de Versailles sous le regard de l’avocat de Nemmouche, Me Apolin Pepiezep (à g.). W.M.

Y a-t-il vraiment un risque que le suspect soit extradé vers Israël? Même si deux des victimes sont de nationalité israélienne, il est peu probable que la Belgique l’accepte. Et encore faudrait-il qu’Israël demande son extradition par voie diplomatique à Bruxelles. Ce qui n’est pas le cas.

En formulant cette requête, Mehdi Nemmouche prépare les arguments de l’étape suivante. Le 26 juin, la cour d’appel doit rendre son arrêt. La défense aura alors trois jours pour se pourvoir en cassation. La haute juridiction devra se prononcer dans les 40 jours. Un temps pendant lequel Mehdi Nemmouche va pouvoir façonner son image de martyr judiciaire.