CHU de Rennes: Des médicaments incinérés à cause d’un bug informatique

GASPILLAGE Des milliers de médicaments en parfait état finissent chaque année à l’incinérateur de l’hôpital de Rennes…

A.B. avec AFP

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La France n'est plus le premier consommateur  d'antibiotiques en Europe comme au début des années 2000, mais après de réels progrès, une tendance à la hausse se dessine, selon un rapport de l'agence du médicament (ANSM).
La France n'est plus le premier consommateur  d'antibiotiques en Europe comme au début des années 2000, mais après de réels progrès, une tendance à la hausse se dessine, selon un rapport de l'agence du médicament (ANSM). — Philippe Huguen AFP

Cela durerait depuis des années: des médicaments en parfait état seraient incinérés. En cause: un «bug» informatique lié, selon un syndicat, au partenariat signé avec le privé pour la construction de la pharmacie centrale de l’hôpital.

Dans un communiqué, la direction confirme que sa pharmacie centrale, installée en 2010 dans le cadre d’un partenariat public-privé, «présente des dysfonctionnements». «Le CHU reconnaît ne pas avoir réglé ce problème dans sa globalité. Il y a donc des médicaments détruits», confesse-t-elle.

Chiffrer le montant du gaspillage

Selon Yves Morice, élu syndical SUD-Santé Sociaux, les médicaments détruits depuis quatre ans représentent une valeur de «plusieurs centaines de milliers d’euros». Une somme que conteste la direction du CHU, qui se dit pourtant incapable de chiffrer ce montant.

En revanche, le CHU évalue à 2 millions d’euros la valeur des médicaments réintroduits chaque année dans les services de l’hôpital, sur un budget total d’achat de médicaments de 100 millions.

Une révolte morale

«Nous comprenons la révolte morale que ça peut susciter», reconnaît le directeur général du CHU, André Fritz, interrogé par le quotidien Ouest-France. Assurant qu’il s’efforce de rationaliser le processus de prescription de médicaments au sein de l’établissement, M. Fritz ajoute: «Il y aura toujours une part incompressible, avec l’impossibilité de remettre en circuit certains médicaments. C’est commun aux hôpitaux français.»

Interrogé par le quotidien Ouest-France qui lui demande pourquoi ces médicaments surnuméraires ne sont pas remis à des associations, le directeur général du CHU, André Fritz, répond que l’établissement n’en a pas le droit. «Seule l’industrie pharmaceutique peut en donner», explique-t-il.

La faute au partenariat public-privé

Le CHU met en cause le groupe de BTP Eiffage, dont une filiale a conçu le bâtiment qui abrite la pharmacie de l’hôpital et a mis en place les systèmes d’automatisation. Le contrat a fait l’objet d’un partenariat public privé «fortement encouragé et financé par les pouvoirs publics», comme le rappelle la direction du CHU.

L’hôpital a signé un bail de 22 ans avec Eiffage, à qui il verse un loyer. Le contrat prévoyant des pénalités en cas de dysfonctionnement, «on ne paie pas tout» le loyer prévu, assure-t-on à la direction du CHU.

Mais pour Yves Morice, le seul moyen de résoudre ces dysfonctionnements serait de «dénoncer le bail, car Eiffage refuse de faire les travaux qui permettraient d’améliorer le processus informatique».