Manifestations de taxis: «Mes clients sont cannibalisés par une concurrence déloyale»

GREVE Selon les représentants syndicaux, 2.500 voitures étaient mobilisées à Paris ce mercredi pour s'opposer aux VTC...

Romain Lescurieux

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Le 11 juin 2014, les taxis ont manifesté contre les VTC
Le 11 juin 2014, les taxis ont manifesté contre les VTC — Romain Lescurieux

Une bonne partie des taxis parisiens étaient à l’arrêt ce mercredi. Sept fédérations patronales françaises (FNDT, FFTP, FNAT, FNTI, GESCOOP, UNIT et SUD) ont répondu à un appel à manifester lancé par les black cabs londoniens, pour s’opposer aux VTC (voiture de tourisme avec chauffeur) dont ils jugent la concurrence «déloyale».

Parties des aéroports d’Orly et Roissy Charles-de-Gaulle dans la matinée, environs 2.500 voitures selon les organisateurs ont convergé vers l’Ecole militaire, place Joffre, dans le 7e arrondissement.

«Nous ne voulons pas être fliqués en permanence»

Dès 13 heures, sur les voitures immobilisées pour l’occasion, des tracts sont scotchés pour pointer du doigt la raison de la grogne: «Unis contre Uber» ou encore «VTC: Hors la loi» et ces quelques phrases: «Non aux applis qui tuent l’emploi, qui piétinent les règles et pratiquent le dumping social en toute impunité». Mais le rapport Thévenoud remis en avril dernier par le médiateur est également ciblé par la grogne.

La vice-présidente de la Fnat (Fédération nationale des artisans du taxi) Nadine Annet revient notamment sur le débat de l’open data, qui permettrait selon Thomas Thévenoud de moderniser les taxis en ouvrant leurs données de localisation, disponibilité et tarifs.

«Nous étions globalement d’accord avec le rapport mais il n’était pas question de cette géolocalisation. Et là on ne sait pourquoi ce système se retrouve dans la proposition de loi. Nous ne voulons pas être fliqués en permanence», assène-t-elle. Une vision partagée par Pascal, chauffeur de taxi: «Nous allons encore payer. Et surtout Uber pourra récupérer nos données», déplore-t-il.

«Il faut les mêmes règles pour tout le monde»

Joseph a acheté sa licence de taxi à Paris il y a 22 ans et souhaite une réglementation globale. «Nous ne voulons pas la fin des VTC, mais il faut les mêmes règles pour tout le monde», affirme-t-il. Alexandre, lunettes noires et gilet jaune, s’approche et surenchérit: «Les chauffeurs n’ont pas d’assurance de transport, pas de TVA, ils ne sont pas formés et Uber ne payent pas d’impôts en France… Ça ne peut pas continuer comme ça», s’exclame l’homme aux 25 ans de métier.

A quelques mètres, Thierry réclame, lui, une meilleure distinction entre les deux secteurs. «Nous n’avons rien à voir avec les VTC», affirme ce taxi parisien qui manifeste car il ne veut pas perdre sa licence et ses «clients qui sont cannibalisés par une concurrence déloyale». Pour lui, chacun doit rester sur son marché. «Ce sont des voitures de tourisme. Ils doivent donc travailler au forfait avec des clients qui les ont commandés avec une destination et un prix connus à l’avance. Ils doivent respecter ça.»

«Si ça continue, les VTC vont nous saigner»

Après plusieurs minutes de battement, les premiers bruits de klaxons se font entendre. Floquées de drapeaux bretons, les premières voitures arrivent au compte-gouttes et s’arrêtent en tête du cortège final. Michel est «monté de Bretagne» pour exprimer sa colère. Il place un bonnet rouge sur sa plaque et se lance.

«On paye tout le temps, on s’adapte. Les VTC, eux, arrivent et font la même chose que nous mais sans aucune règle. ThomasThévenoud nous dit qu’il faut installer la géolocalisation. Maintenant ça suffit. Nous ne voulons plus du rapport Thévenoud. Nous ne voulons plus des VTC. Peut-être pas à Paris mais en régions, si ça continue comme ça, les VTC vont nous saigner», s’emporte-t-il.