Travail: Un salarié sur trois souffre des incivilités

EXCLUSIF Selon une étude du cabinet de conseil en management Eleas, 42% des salariés sont victimes de comportements impolis ou dérangeants sur leur lieu de travail…  

Delphine Bancaud

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Gêner la concentration de collègues en parlant fort au téléphone fait partie des incivilités les plus fréquentes.
Gêner la concentration de collègues en parlant fort au téléphone fait partie des incivilités les plus fréquentes. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Un collègue qui laisse sonner son portable en permanence, ne dit jamais bonjour, accapare la parole en réunion, ou laisse les toilettes sales après son passage… Des comportements irritants que subit près d’un salarié sur deux (42 %), selon une étude* du cabinet de conseil en management des risques psychosociaux et de qualité de vie au travilEleas, dévoilée en exclusivité par 20 Minutes ce mercredi.

Des manquements aux règles élémentaires de courtoisie qui sont en augmentation ces dernières années, selon la moitié des sondés. La faute en partie à la crise, d’après Xavier Alas Luquetas, dirigeant d’Eleas: «Dans un contexte d’intensification du travail, on est moins attentif à l’autre. Et les managers ont moins le temps de réguler les relations entre collègues. Cela crée des frottements plus fréquents entre les salariés, dans un contexte où le seuil de tolérance vis-à-vis de ces comportements est moins élevé».

Inégaux face à ces désagréments

Parmi les incivilités les plus fréquentes: les conversations privées au téléphone devant les autres, les sollicitations impromptues qui interrompent le travail, les espaces communs laissés sales et en désordre, les bruits dérangeants émis par des collègues, leur habitude à ne pas saluer le matin et le soir, leur manie de couper ou d’accaparer la parole, ou ceux qui incommodent les autres par leurs odeurs…

Mais les salariés sont inégalement exposés à ces incivilités. «Ceux qui exercent dans la fonction publique, le commerce et les services sont davantage soumis à ce type d’attitudes», souligne Xavier Alas Luquetas. Et sans surprise, ce sont les salariés les plus bas dans l’échelle hiérarchique (47 % des professions intermédiaires, 46 % des employés) et les femmes (une sur deux) qui sont le plus souvent victimes de ces comportements. «On se permet plus ce genre d’attitudes avec eux car on sait qu’ils seront moins prompts à réagir», commente Xavier Alas Luquetas.

Des effets à long terme sur le travail et la santé

Avec des conséquences à terme pour eux: 75 % des salariés confrontés à ces incivilités expliquent qu’elles ont eu une incidence négative sur leur productivité au travail (démotivation, difficulté de concentration) et 77 % sur leur santé (stress, anxiété, troubles du sommeil). «Prises de manière isolée, ces incivilités ont un impact limité sur les individus. Mais si elles sont récurrentes, elles finissent petit à petit par les atteindre. Ils ont l’impression de ne pas être respectés, ni considérés, ce qui entame leur estime de soi. Avec au final, le risque pour certains d’adopter les mêmes comportements, en guise de défense. Au final, la règle n'est plus la norme dans l'organisation», souligne Xavier Alas Luquetas.

Face à ce fléau, les entreprises restent cependant peu réactives, car seulement 35 % des salariés jugent que leur employeur a pris des mesures. «Elles ne savent pas comment s'emparer du sujet et aborder le problème en interne», commente le dirigeant d’Eleas. Pourtant, il existe des moyens simples pour améliorer le «vivre ensemble». L’élaboration d’une charte de bonne conduite entre collègues, l’organisation de groupes de paroles pour résoudre les tensions internes, les formations au savoir-être sont autant d’outils qui permettent de ramener une forme de cordialité entre collègues.

*Enquête réalisée sur Internet auprès de 1.008 salariés entre le 20 février et le 6 mars, selon la méthode des quotas.