Pourquoi la justice enquête sur le patron d'EDF

JUSTICE Sa femme aurait bénéficié de fonds versés par des prestataires ou par la fondation du groupe public…

C.B. avec AFP
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Henri Proglio à Saclay le 10 octobre 2013
Henri Proglio à Saclay le 10 octobre 2013 — Patrick Kovarik AFP

Que s’est-il passé? Henri Proglio, le patron de l’entreprise publique EDF, fait l’objet d’une enquête préliminaire pour «trafic d’influence». 20 Minutes revient sur cette affaire.

Quel est le problème?

D’après Le Point, qui a révélé l’affaire dimanche, le PDG «aurait "sponsorisé " son épouse, l’humoriste Rachida Khalil, avec l’argent de l’entreprise publique». Plus précisément, la comédienne aurait perçu des sommes versées par des prestataires ou par la fondation de l’entreprise.

Tracfin, la cellule de Bercy chargée de surveiller les mouvements financiers suspects, avait fait un premier signalement, dont Le Point s’était déjà fait l’écho, à l’été 2013. Le magazine assure que l’humoriste, qui toucherait officiellement un salaire de 1.800 euros, aurait perçu en un an 1,8 million d’euros, dont environ 100.000 euros en liquide.

Le parquet de Paris, qui a saisi l’Office anti-corruption de la police judiciaire (Oclciff), tentera d’établir si les sommes perçues par Rachida Khalil relèvent du mécénat ou sont le fruit d’un trafic d’influence lié à la présence d’Henri Proglio à la tête d’EDF.

Que répond-il?

Henri Proglio assure n’avoir jamais fait pression pour qu’EDF ou ses fournisseurs financent les spectacles de son épouse. Le patron reconnaît cependant dans un entretien accordé au Monde que sa femme «a eu un contrôle fiscal, qui vient d’aboutir, le 3 juin, à un redressement. Mais il porte sur des sommes sans rapport avec les chiffres évoqués». Selon lui, son épouse tenait une comptabilité «un peu artistique», et «n’avait déclaré aucun revenu pour 2011», suite à quoi le fisc «a rétabli des revenus chiffrés à 181.122 euros».

«C’est dix fois moins que les 1,8 million d’euros qui ont été cités» par Le Point, a-t-il fait valoir, ajoutant que «quant aux 100.000 euros en liquide qu’elle aurait touchés, c’est farfelu». Henri Proglio a également expliqué qu’il avait découvert qu’Electra, une association financièrement soutenue par EDF, «avait versé 60.000 euros pour un de ses spectacles en septembre 2012». «Mais dès que j’ai vu cela, j’ai pris mon chéquier et remboursé rubis sur l’ongle», a-t-il déclaré.

Que risque-t-il?

D’abord, de perdre son poste à la tête d’EDF. Proglio assure que l’exécutif fait tout pour ne pas le reconduire en tant que PDG d’EDF, où il avait été placé en 2009 par l’ex-président Nicolas Sarkozy. Son mandat s’achève en novembre.

Judiciairement, le trafic d’influence est assimilé à de la corruption. En France, la loi (article 432-11 du code pénal) prévoit qu’il suffit de recevoir de l’argent pour constituer l’infraction, qui est punie au maximum de dix ans d’emprisonnement et de 150.000 euros d’amende. Des peines complémentaires peuvent être prononcées, comme «l’interdiction d’exercer une fonction publique ou d’exercer l’activité professionnelle ou sociale dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de laquelle l’infraction a été commise».