VIDÉO. Présenter sa thèse en 180 secondes chrono

Anissa Boumediene

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Une équipe du CNRS est à l'origine de cette découverte.
Une équipe du CNRS est à l'origine de cette découverte. — Superstock / Sipa

Comment résumer des mois, voire des années de recherches, en une présentation claire et simple de trois minutes à un public non averti? C’est le pari un peu fou qu’ont lancé le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) et la Conférence des Présidents d’Université (CPU) aux doctorants d’une vingtaine de regroupements d’universités françaises. Le concept, venu d’Australie, a été repris par le Québec qui a décliné le concours pour les pays francophones.

Mettre en lumière le doctorat

«L’univers doctoral est méconnu, déplore Brigitte Perruca, directrice de la communication du CNRS, pour qui l’université française est «mal connue et dépréciée». «Ma thèse en 180 secondes permet de mettre en lumière de manière ludique le monde du doctorat et de donner à de jeunes doctorants l’occasion de s’exprimer», poursuit-elle. Droit, recherche médicale, histoire, biologie… Lors de ce concours, toutes les disciplines sont représentées.

Pour les doctorants sélectionnés, pas facile de réduire de longues recherches et leur jargon technique à trois petites minutes de présentation avec des mots simples. «Il a d’abord fallu travailler l’écrit, explique Eloïse Grasset. Au début, même si ça tenait en 180 secondes, ce n’était pas forcément clair…» Mais pour la gagnante de la région PACA, l’entraide avec les camarades a été un atout précieux. «Le fait de préparer notre présentation côte à côte avec des candidats de toutes disciplines a été très utile, dit la jeune femme. Les autres doctorants ont été mon premier auditoire. On testait les uns sur les autres nos présentations jusqu’à ce qu’elles soient vraiment compréhensibles».

Dans leur préparation, les doctorants ont également été encadrés par des comédiens, «pour apprendre à poser notre voix, à penser à notre gestuelle sur scène», explique Eloïse. A gérer le stress aussi. Pour la doctorante, l’expérience est une réussite. «Depuis que j’utilise des métaphores, que j’ai simplifié ma façon d’expliquer ce que je fais, mon entourage comprends vraiment ce que je fais!»

En plus de trouver une reconnaissance de leur travail, qui demande de trois à cinq ans de recherches, les doctorants gagnent une «aisance orale, qui leur sera forcément utile dans leur vie professionnelle», explique Brigitte Perruca. «C’est capital, parce qu’ils incarnent la recherche de demain».

Vulgariser la science

Si vous lisez comme intitulé de thèse: «Implication des récepteurs 5-HT2A dans la modulation des interneurones PKCY dans un contexte d’allodynie», vous aurez sans doute les paupières lourdes et la sensation que de toute façon, vous ne comprendrez pas grand-chose… Pourtant, en regardant la présentation de Noémie Mermet, qui a remporté la finale régionale du concours en Auvergne, on a tout de suite l’impression d’y voir plus clair dans les mécanismes de la douleur.

Et pour la jeune femme de 24 ans, ce concours n’est qu’un début. «C’est important que tout le monde puisse comprendre sur quoi on travaille», explique-t-elle. A l’avenir, Noémie se verrait bien devenir maître de conférences à l’université pour enseigner les neurosciences et poursuivre la recherche. Et ne refuserait pas une collaboration avec un média pour participer à la vulgarisation de la science, et qui sait, créer des vocations.

Les quinze finalistes seront départagés par un jury composé de chercheurs, de journalistes, de représentants de la CPU et du CNRS, en présence de Geneviève Fioraso, secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur et à la Recherche. Trois lauréats seront désignés pour représenter la France lors de la grande finale internationale francophone, en septembre 2014, à Montréal.