Défis «A l’eau ou un resto»: Le petit jeu qui ne fait pas rire les autorités

WEB Un jeune homme est mort noyé à Béganne dans le Morbihan, ce jeudi, en essayant de relever le défi…

Nicolas Beunaiche

— 

Capture d'écran d'une vidéo d'un défi «A l'eau ou un resto» publiée sur Facebook, le 6 mai 2014.
Capture d'écran d'une vidéo d'un défi «A l'eau ou un resto» publiée sur Facebook, le 6 mai 2014. — 20 MINUTES

C’est un petit jeu qui finit à l’eau, au restaurant, mais aussi parfois très mal. Après trois accidents dont le dernier ce jeudi dans le Morbihan, s'est révélé mortel, les défis «A l’eau ou un resto» qui se multiplient sur Facebook à travers la France, commencent à inquiéter les autorités.

Sur le papier, le jeu est simple: un internaute publie une vidéo dans laquelle on le voit se jeter à l’eau froide, puis «nomine» trois de ses amis contraints de faire de même, sous peine de devoir lui offrir un repas. Mais le «jeu» pose de véritables problèmes de sécurité.

Un accident grave

A priori moins dangereuse que Neknomination, le jeu d’alcool qui l’a inspiré, ce défi venu des Etats-Unis est passé jeudi dans la catégorie des défis à hauts risques avec la mort d'un jeune homme de 19 ans à Béganne (Morbihan). «Le jeune homme s’est noyé après s’être jeté à l’eau avec son vélo dans le cadre du défi, a indiqué Igor Souchu, substitut du procureur, évoquant «un jeu dramatique et complètement stupide».

«A Béganne, le défi consistait à se jeter à l’eau avec son vélo. Deux jeunes se sont rendus sur les pontons du port de Foleux, sur la Vilaine, filmés par un troisième. La victime avait cru bon d’attacher son vélo à sa jambe pour le récupérer, mais il y avait six mètres de fond et il n’a pas pu remonter», a détaillé le colonel Sylvain Laniel, commandant la gendarmerie du Morbihan.

Tout début juin, les sapeurs-pompiers avaient déjà dû secourir un jeune de 20 ans souffrant d’une luxation de l’épaule dans le Bas-Rhin, et surtout un jeune de 21 ans victime d’une fracture du crâne et de lésions aux cervicales, dans le Pas-de-Calais. Le premier avait eu l’imprudence de sauter dans l’eau d’un lac du haut d’un barrage. Le second avait eu le tort de plonger la tête la première dans une eau trop peu profonde. Et si aucun cas d’hydrocution n’a été signalé, le risque est également bien réel, selon les spécialistes.

Faut-il interdire pour autant ces défis Facebook? La question a été posée au sous-préfet de Boulogne-sur-Mer, qui a vite tranché le débat: «Dans notre pays, il y a des libertés publiques qui garantissent à tous le droit de se réunir.» «Ce genre de manifestations sur la voie publique ne peut être interdit qu’en cas de risque de trouble à l’ordre public», ajoute la sous-préfecture de Calais, contactée par 20 Minutes. «D’expérience, je peux vous dire qu’on a beau interdire des choses aux gens, ils s’en moquent», conclut, de son côté, le maire de Wimereux, où l’un des accidents a eu lieu.

Un «grand saut» prévu dimanche

Pas question donc pour les autorités de sévir, comme certaines communes l’ont fait pour contrer les apéros Facebook. «En revanche, pour les mouvements de masse, nous aimons être consultés pour conseiller, en lien avec les sapeurs-pompiers et les forces de l’ordre, le dispositif de sécurité à prévoir, notamment une équipe de secourisme», précise le sous-préfet de Boulogne-sur-Mer.

C’est ce qu’a fait son homologue de Calais, pour préparer le «grand saut» qui a eu lieu sur la plage de la ville le dimanche 8 juin. Une partie des quelque 7.800 abonnés de la page Facebook «Les fous du défi» y étaient en effet attendus pour un bain au profit de la lutte contre le cancer.

La sécurité à la charge des organisateurs

Pour anticiper d’éventuels débordements, le sous-préfet a donc «rappelé aux organisateurs qu’ils sont responsables de la sécurité». A ce titre, ils devront souscrire une assurance, assurer la présence de maîtres-nageurs sauveteurs et de véhicules de secours, ainsi que positionner des encadrants sur la jetée pour éviter les blessures. La mairie de Calais, elle, assure à 20 Minutes qu’elle ne s’est pas opposée au défi, laissant la sous-préfecture gérer le dossier. Le seul dispositif de l’Etat était donc policier: des patrouilles ont circulé près de la plage pour s’assurer qu’aucun incident ne survenait.

Pour ce qui est des prochains défis en solo, en revanche, rien n’est prévu, que ce soit dans le Pas-de-Calais ou ailleurs. Impossible, en effet, de contrôler un internaute qui plonge dans une piscine, un canal ou du haut d’une falaise sans prévenir. Surtout quand il est déterminé au point de sauter de plus quinze mètres pour éviter d’offrir un restaurant à l’un de ses amis.