Saint-Denis: Comment l'évasion de Ben Faïza a-t-elle été possible?

FAITS DIVERS Ben Faïza, considéré comme un parrain du trafic de drogue à la Courneuve, a été libéré mercredi par un commando armé lors d’une consultation médicale à l’hôpital de Saint-Denis…

Vincent Vantighem

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Ouaihid Ben Faïza était détenu à la prison de Villepinte quand il a été libéré par un commando, le 4 juin 2014.
Ouaihid Ben Faïza était détenu à la prison de Villepinte quand il a été libéré par un commando, le 4 juin 2014. — WITT/SIPA

Il court toujours. Les forces de l’ordre n’avaient, ce jeudi matin, toujours pas arrêté Ouaihid Ben Faïza libéré, mercredi, lors d’un raid mené par un commando armé à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

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Considéré comme un parrain du trafic de drogue à La Courneuve, cet homme de 40 ans condamné à huit ans de prison en 2012, avait été extrait de sa cellule pour se rendre à une consultation médicale à l’hôpital de Saint-Denis. 20 Minutes fait le point sur l’enquête…

Pourquoi l’escorte de Ben Faïza n’était-elle pas armée?
Contactée par 20 Minutes, ce jeudi matin, la direction de l’administration pénitentiaire se refuse à commenter l’évasion spectaculaire de Ouaihid Ben Faïza, se bornant à dire que les «règles d’escorte, et donc d’armement des escortes, varient d’un cas sur l’autre».

Selon nos informations, l’escorte de Ouaihid Ben Faïza n’était pas armée car le détenu se rendait à une consultation médicale. «Les escortes sont armées quand il s’agit d’emmener un détenu à un rendez-vous chez le juge ou à un procès. C’est ce qu’on appelle une ‘’translation judiciaire’’, décrypte pour 20 Minutes David Daems, membre du bureau central du syndicat FO Pénitentiaire. En revanche, elles ne le sont pas lors d’extractions médicales…»

En l’occurrence, «les seules armes dont disposaient les collègues étaient un téléphone portable et un sifflet», déplore Stéphane Touil, délégué FO Pénitentiaire en Ile-de-France.

Pourquoi la police n’était-elle pas présente?
«C’est l’un des effets néfastes des réductions budgétaires», poursuit le responsable syndical. D’après lui, l’administration pénitentiaire fait, à chaque extraction médicale, appel aux forces de l’ordre pour assurer la sécurité du convoi. «Il y a vingt ans, les convois étaient toujours accompagnés de policiers, poursuit David Daems. Mais aujourd’hui, ils n’ont plus les effectifs nécessaires pour assurer ce suivi…»

A moins que le prisonnier en question soit DPS, c’est-à-dire un «détenu particulièrement signalé». «Ce n’était pas le cas de Ben Faïza, poursuit Stéphane Touil. Sinon, une escorte policière aurait été présente.» Il faut savoir que lors de sa première évasion de l’hôpital de Corbeil-Essonnes, Antonio Ferrara n’était pas non plus un DPS.

Le détenu était-il informé de son extraction médicale?
Souffrant de problèmes oculaires, Ouaihid Ben Faïza a été emmené à l’hôpital de Saint-Denis pour une consultation ophtalmologique. «Dans ces cas-là, les détenus sont prévenus au dernier moment de leur extraction pour éviter les attaques de fourgon, assure David Daems. Mais rien ne dit qu’il n’y a pas des fuites ou même une indiscrétion qui a permis au commando de s’organiser pour venir le libérer.»

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«Ils savent qu’ils vont partir en consultation mais ne connaissent ni l’endroit ni le lieu», abonde Stéphane Touil. Surtout, le rendez-vous médical est pris sous une fausse identité, afin de brouiller les pistes. «Dans ce cas présent, il y a eu des fuites, poursuit le responsable syndical. Sans doute un téléphone caché quelque part…»

L'administration pénitentiaire précise que ce point est justement l'une des clés de l'enquête interne qui a été ouverte afin de déterminer comment cette évasion a pu avoir lieu.

Dans quel état d’esprit sont les surveillants attaqués?
«Ils sont extrêmement choqués», assure une source pénitentiaire contactée par 20 Minutes. Entendus «longuement» par les policiers en charge de l’enquête mercredi soir, ils sont, ce jeudi, en arrêt maladie. «Dans l’équipe, il y avait un jeune collègue qui venait de commencer sa carrière, regrette David Daems. Il n’a qu’une semaine de pénitentiaire derrière lui…»