Classes préparatoires: Anxiolytiques et «repli malsain», les internautes racontent le «dolorisme scolaire»

TÉMOIGNAGES Si c’était à refaire, les anciens élèves de prépa y remettraient-ils les pieds?...

Christine Laemmel

— 

Des bacheliers en stage intensif à Polytechnique en 2010
Des bacheliers en stage intensif à Polytechnique en 2010 — JOBARD/SIPA

«Soit tu survis et ça te grandit, soit tu es détruit psychologiquement». Michael a eu de la chance, il est tombé du bon côté. Sept ans d’études «comme dans du beurre», de la confiance en soi et de l’efficacité à revendre. Mais de l’épreuve «militaire» de la classe préparatoire, il ne garde qu’un mauvais goût. Celui d’une «sélection élitiste trop risquée». A l’encontre du récent sondage qui avance 75 % d’anciens élèves satisfaits. Prépa économique et commerciale pour Michael, juridique pour Basile, littéraire pour Thibaud et scientifique pour Mathieu, le refrain tourne en boucle, celui de la «routine» destructrice des classes préparatoires.

«Tu fais de la merde, t’es nul»

Certains parlent de «maturité». Thibaud, survivant d’hypokhâgne-khâgne, préfère le terme de «repli sur soi malsain». Un «microcosme» également reconnu par Basile en prépa éco et droit. «Rester deux ans enfermé dans une classe avec les mêmes personnes n’aide pas tellement à s’épanouir et à comprendre le monde extérieur», décrit-il. Seule chance de décor, avoir un beau sous-main sur son bureau, celui où Thibaud a joué à «consommer le plus grand volume de livres possible dans le temps imparti». Avec en face, des professeurs qui infusent à leur auditoire le goût de l’excellence. Les «Tu fais de la merde, t’es nul» entendus ou ressentis à force d’enchaîner les 5/20.

«Soit on capte cette pression et c’est la dépression, soit on la rejette complètement et l’avis d’autrui n’importe plus, ce qui est un handicap pour plus tard», analyse froidement Michael, ancien de «Maths sup-maths spé». Les jeunes frais émoulus du lycée découvrent leurs «propres limites intellectuelles» et rapidement, leurs bornes physiques.

«Mon corps m’a dit d’arrêter d’y aller»

Une apologie du «dolorisme scolaire», comme la définit Thibaud, qui fait plus de mal à certains. Plusieurs filles de la classe de Basile carburaient au Guronsan, un antifatigue, pratique déjà observée chez les bacheliers. Des collègues de Michael tombaient dans les anxiolytiques, l’alcool ou pire. «J’ai assisté à une double tentative de suicide suivi de l’internement psychiatrique d’un ami, raconte cet internaute. 18/20 au bac, mais il ne supportait pas le bachotage.»

Lui, dormait cinq heures par nuit et regardait ses amis lâcher. «Mon corps m’a dit d’arrêter d’y aller», lui aurait soufflé l’un d’entre eux. Mais Michael a continué, conspuant, l’«archaïsme élitiste» mais content d’avoir pu en tirer sa réussite de physicien.

«J’ai déconseillé la prépa à mes frères et mes proches»

Une raison suffisante pour y aller? «J’ai déconseillé la prépa à mes frères et mes proches, admet Michael. Elle induit trop de souffrance pour ceux qui sont en bas de l’échelle sociale.» Sans obligation de tenir ses promesses. «Hormis dans les grandes prépas "parisiennes" qui vous emmènent dans les meilleures écoles, la majorité des prépas "de province" vous conduisent dans des cursus qui font également une partie de leur recrutement dans les IUT, les BTS ou les Universités. "Pourquoi celui-ci a t-il intégré la même école que moi en faisant un simple IUT alors que moi j’ai trimé en prépa? "» rapporte-t-il du sentiment d’injustice qui domine parfois. Et qui n’aide pas les étudiants à regagner des points de confiance en eux.