«Les conditions de vie en prison favorisent la récidive», estime le Contrôleur des lieux de privation de liberté

JUSTICE Alors qu’il s’apprête à quitter son poste de Contrôleur, Jean-Marie Delarue a donné son sentiment sur la réforme pénale, débattue à l’Assemblée nationale…

Vincent Vantighem

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Jean-Marie Delarue, Contrôleur général des lieux de privation de liberté.
Jean-Marie Delarue, Contrôleur général des lieux de privation de liberté. — JACQUES DEMARTHON / AFP

Ses services ont visité plus de 800 établissements pénitentiaires. Autant dire que Jean-Marie Delarue connaît bien ce qui se cache derrière les murs des prisons. Alors qu’il doit quitter son poste le 13 juin, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté a profité de son bilan, ce mercredi, pour donner son sentiment, lors d'une conférence de presse, sur la réforme pénale, débattue depuis mardi à l’Assemblée nationale.

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Battant en brèche «l’idée répandue» que les prisons sont des «lieux d’idylle ou de vacances», Jean-Marie Delarue estime qu’il faut d’abord agir sur les conditions de détention si l’on souhaite faire baisser la récidive. «Le projet de loi vise à éviter les ‘’sorties sèches’’ de prisons afin de faire baisser la récidive. C’est une idée que je partage, confie celui qui a passé six ans à la tête de cette structure de contrôle indépendante. Mais il faut aussi agir sur les conditions de vie en prison. En elles-mêmes, ces conditions de vie favorisent la récidive.»

Sortir avec la haine au cœur

Grâce à ses services qui reçoivent, en moyenne, 4.000 courriers de détenus par an, Jean-Marie Delarue assure qu’il a pu «écouter l’inaudible des prisons». Il y a ce surveillant qui dit à un détenu «J’espère que la prochaine fois, tu ne te rateras pas!» après une tentative de suicide manquée. Ou celui qui prévient qu’il va «rentrer le bétail» après chaque promenade.

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«Plus on infantilise les gens en détention, plus on bafoue leurs droits fondamentaux, plus on les prépare à récidiver une fois sortis, pense ainsi ce normalien et agrégé d’histoire. Ils sortiront alors avec la haine au cœur, ils sortiront brisés…»

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De ses centaines d’entretiens avec des détenus, Jean-Marie Delarue se souvient notamment d’un braqueur condamné à une lourde peine. «On a discuté. Et il m’a dit ‘’Vous savez, dès que je serai sorti, je recommencerai’’! Il avait une telle haine en lui à cause du traitement qu’on lui faisait subir…»