Réforme pénale: Un amendement UMP propose une remise de peine contre la lecture de livres

INFO 20 MINUTES A chaque livre lu, le détenu pourrait ainsi bénéficier de cinq jours de remise de peine…

Vincent Vantighem

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L'ancienne ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie visite la bibliothèque de la prison pour femmes de Rennes, le 10 septembre 2009.
L'ancienne ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie visite la bibliothèque de la prison pour femmes de Rennes, le 10 septembre 2009. — MARCEL MOCHET / AFP

Longtemps, les détenus sont allés se coucher de bonne heure pour (re) lire A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Dans le cadre des débats sur la réforme pénale, le député UMP Hervé Gaymard va proposer, ce mercredi soir, un amendement qui prévoit une remise de peine de cinq jours pour chaque détenu qui aura lu un livre et rédigé une fiche de lecture.

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Porté par l’association «Lire pour en sortir», le projet est inspiré d’une expérience brésilienne menée, en ce moment même, dans quatre prisons fédérales. «Au Brésil, les résultats sont encourageants, témoigne Alexandre Duval-Stalla, avocat, écrivain et porteur du projet. La France est tout de même le pays de la littérature. C’est logique que nous souhaitions le mettre en place chez nous…»

«C’est le juge qui décide au final»

Le principe est simple: quelle que soit sa peine, le détenu pourra piocher dans une liste d’une cinquantaine de livres autorisés. «Après l’avoir lu, on lui demandera de rédiger une petite fiche de lecture, poursuit Alexandre Duval-Stalla. Il sera suivi par un bénévole du Secours catholique…» Si tout se passe correctement, l’association enverra alors un dossier au juge d’application des peines pour lui préciser que le détenu a rempli son obligation et peut bénéficier d’une remise de peine de cinq jours. «C’est tout de même le juge qui va décider au final», précise encore l’avocat.

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Romain Gary, André Malraux, Albert Camus: l’association a prévu de proposer des classiques aux détenus. «Le but, c’est aussi qu’il s’interroge sur les faits qu’ils ont commis et qu’ils en discutent avec les bénévoles du Secours catholique à travers leurs lectures, poursuit le responsable associatif. Sans oublier que cela permettra de favoriser la lutte contre l’illettrisme.»

Douze lectures par an

Le projet est toutefois bien cadré. Impossible pour un tueur en série de sortir de prison en enquillant les albums de l’intégrale de Oui-Oui. Le projet est limité à douze lectures par an, donc à soixante jours de remise de peine, au maximum.

Quel que soit le livre retenu? «Oui, répond Alexandre Duval-Stalla. Celui qui veut lire Guerre et Paix mettra sans doute plus de temps mais il bénéficiera de la même remise que pour un autre bouquin.»

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Se faisant, l’association a prévu d’associer les libraires à la démarche. «On va acheter des livres et les libraires locaux pourront les livrer dans les prisons. Pourquoi pas tenter de lancer des projets de réinsertion dans l’industrie du livre ensuite?», s’interroge Alexandre Duval-Stalla.

Il ne reste plus qu’à déterminer si le dispositif proposera L’herbe bleue au trafiquant de drogue ou les mémoires de Redoine Faïd au braqueur de banque?

Consensus politique?

Porté par l’UMP, l’amendement a de bonnes chances d’être adopté selon le président de «Lire pour en sortir». «Cela va complètement dans le sens du projet porté par la gauche. J’espère que l’on aura un consensus sur ce texte.»