Terrorisme: «Bien sûr» qu’il y aura d’autres Merah et Nemmouche pour attaquer la France

FAITS DIVERS Après l’affaire Nemmouche, les autorités françaises s’inquiètent du nombre de ses ressortissants qui se radicalisent en Syrie…

Vincent Vantighem

— 

Des combattants jihadistes en Syrie à Raqqa le 23 août 2013
Des combattants jihadistes en Syrie à Raqqa le 23 août 2013 —

Comment aurait-il pu assurer le contraire? Invité de BFM TV, ce mardi matin, Manuel Valls a confirmé qu’il existait en France des terroristes potentiels semblables à Mohamed Merah ou Mehdi Nemmouche, l’auteur présumé de la tuerie de Bruxelles.

Vidéo: Regardez l’intervention du premier Ministre sur BFM TV

Evaluant à 800 le nombre de citoyens français impliqués dans le conflit syrien, le Premier ministre ne s’est fait que le relais officiel des craintes des services de renseignements et de lutte anti-terroriste.

Il y aurait «300 Français sur zone»

«Bien sûr, évidemment» qu’il faut s’attendre à ce que d’autres Merah ou Nemmouche tentent d’attaquer la France, indique ainsi un haut responsable de la lutte anti-terroriste à 20 Minutes. Sur le chiffre de 800 Français impliqués en Syrie, il en resterait aujourd’hui véritablement 300 sur zone. «Il y a en plus ceux qui veulent y aller, ceux qui sont en attente à la frontière, ceux qui sont déjà revenus et ceux qui sont morts», indique ainsi notre source au sein des services de lutte anti-terroriste.

>> Décryptage: Les prisons sont-elles devenues un foyer de l’islam radical?

«La Syrie agit auprès d’eux comme un aimant, décrypte Farhad Kosrokhavar, sociologue spécialiste de l’islamisme radical qui prépare un livre sur le sujet. Et pas que sur les Français. D’après les études, il y aurait 11.000 étrangers impliqués en Syrie. Il y a par exemple un millier de Tunisiens engagés dans la lutte.»

La Syrie, «ce n’est pas un jeu vidéo»

Attirés tant par le «goût de l’aventure» que par une quelconque «recherche d’identité», ces jeunes seraient, toutefois, surpris par la violence de la guerre. «La plupart y vont en pensant que ça va être comme dans les jeux vidéo, mais ce n’est pas le cas, poursuit notre source. Sans parler de ceux qui sont cantonnés à des rôles subalternes de soutien aux forces…»

>> A lire: Le témoignage choc d’un djihadiste français

Pour autant, le pays de Bachar al-Assad fait toujours office d’école de la guerre. «La plupart d’entre eux n’ont pas besoin d’aller en Syrie pour apprendre à manier une kalachnikov. En revanche, sur place, ils découvrent comment rester calme pendant un assaut…» En ce sens, les quelques images extraites de la tuerie de Bruxelles montrant un homme extrêmement calme au moment d’ôter la vie de ses cibles sont assez explicites.

«Surtout, le passage en Syrie leur offre une espèce de caution morale, de rite initiatique sans lequel ils ne passeraient pas à l’acte en Europe», poursuit ce haut responsable. «Dans le cas Mehdi Nemmouche, si c’est bien lui, je pense qu’il s’est radicalisé en prison mais qu’il n’aurait pas tué sans être passé par le conflit syrien», abonde Farhad Kosrokhavar.

25 policiers pour une personne surveillée

Surtout, ces jeunes s’avèrent extrêmement difficiles à suivre par les services de renseignement européen. «Ils ne font pas partie de groupe constitué, affirme Farhad Kosrokhavar. La plupart sont déséquilibrés, fragiles psychologiquement et n’ont que peu de contacts…»

D’autant qu’on leur apprend comment brouiller les pistes. «Ils n’arrivent pas à Roissy, ce serait trop simple, sourit le haut responsable de la lutte anti-terroriste. Ils brouillent les pistes en multipliant les points d’entrée.» De toute façon, il est quasiment impossible de les filer en permanence. «Suivre une personne 24 heures sur 24 nécessite 25 policiers, indique-t-il encore. Et cela n’empêcherait pas de passer à côté de celui qui va vraiment agir…»