Fusillade à Bruxelles: La communauté juive de Paris refuse d’avoir peur

REPORTAGE Près de dix jours après la fusillade de Bruxelles, qui a fait quatre morts, la communauté juive parisienne ne veut pas sombrer dans la psychose, mais ne baisse pas sa garde…

Anissa Boumediene

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Devant l'As du falafel, rue des Rosiers à Paris
Devant l'As du falafel, rue des Rosiers à Paris — A. Boumediene / 20minutes

Nichés au cœur du Marais, la rue des Rosiers et ses abords sont très prisés des touristes. Haut lieu de la communauté juive parisienne, le quartier a été placé sous protection rapprochée depuis l’attaque du 24 mai dernier au Musée juif de Bruxelles.

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Une sécurité renforcée

Croisés à l’entrée de la rue Pavée, qui mène à la rue des Rosiers, deux fourgons de la police nationale sont garés. Les équipes patrouillent dans le quartier, où sont installés nombre de commerces et institutions scolaires et religieuses juifs.

«Depuis la fusillade, la police assure la sécurité des enfants à la sortie de l’école, matin et soir», témoigne un enseignant de l’école juive pour garçons de la rue Pavée. «Les parents sont rassurés, ils se sentent en sécurité».

Un peu plus loin, au bout de la rue des Rosiers, c’est l’heure de la pause pour Mendel et Jessica, employés dans un restaurant. Le jeune homme vient travailler avec sérénité, il se sent en sécurité dans le quartier mais a quelques inquiétudes.

«Ça fait peur, confesse-t-il, quand on sait que le tueur présumé est Français, on se dit que ça aurait pu se produire ici». Jessica, sa collègue, apprécie le cocon que représente le quartier: «Il y a des caméras, des patrouilles, et on se connaît tous ici, Juifs, non-juifs, tout le monde se respecte. Le fait que la communauté juive soit très présente ici me fait me sentir encore plus en sécurité».

Pas question de fuir

Attablées à une terrasse, Perla, Myriam et leur amie Haïa parlent de leurs enfants et de leurs petits-enfants. De leurs craintes aussi. «A chaque fois que de tels événements frappent notre communauté, on a peur pour nos enfants», disent-elles en chœur. «On demande même à nos fils de ne pas sortir avec la kippa», renchérit Myriam. Pour Perla, c’est un long passé qui ressurgit: «Depuis soixante-dix ans, on essaie d’oublier la douleur mais c’est impossible. Chaque fois que de telles horreurs sont commises, nos blessures se rouvrent. Si j’avais Mehdi Nemmouche devant moi, je n’aurais qu’une question: pourquoi?».

Pour autant, les trois amies refusent de se laisser dominer par la peur. Installées à quelques mètres seulement de l’ancien restaurant de Jo Goldenberg, théâtre de l’attentat qui a coûté la vie à six personnes en 1982, elles ne cesseraient de fréquenter le quartier pour rien au monde. «Nous sommes nées ici, comme nos parents et nos grands-parents. Nos vies sont ici, pas question de fuir, nous sommes chez nous», assurent-elles.