Ce que les profs pensent du dispositif « Plus de maîtres que de classes »

EDUCATION Lancée en 2013, cette mesure qui vise à affecter un maître supplémentaire dans les établissements les plus en difficultés, est perçue avec enthousiasme chez les enseignants…

Delphine Bancaud

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Une classe de primaire, illustration.
Une classe de primaire, illustration. — PHILIPPE HUGUEN/ AFP

Une mesure censée améliorer la réussite des élèves. Lors de son déplacement à Douai (Nord) ce lundi, le ministre de l’Education Benoît Hamon a de nouveau évoqué ses attentes à l’égard du dispositif « Plus de maîtres que de classes » lancé à la rentrée 2013. Son principe : affecter un enseignant supplémentaire dans les écoles les plus en difficultés pour aider les élèves dans leur apprentissage des fondamentaux (lecture, écriture, calcul). 20 Minutes a interrogé les équipes pédagogiques pour connaître leur opinion sur l’efficacité de cette mesure.

A l’école de Soussans (Gironde), le maître supplémentaire a démarré son travail en septembre dernier. « Il intervient dans les classes de grande section, de CP et de CE1 car nous avons décidé de mettre le paquet sur l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul », explique ainsi Maryse Soulié, la directrice de l’école. De son côté, Julie Meunier, maître supplémentaire à l’école Paul Verlaine de Migennes (Yonne) intervient dans six classes, de la grande section en CM2.

Dans chaque école, le « Plus de maîtres que de classes » se décline différemment. L’école de Soussans par exemple, a décidé de privilégier le co-enseignement, à savoir l’intervention de deux maîtres en simultané dans la classe. « Lorsqu’un enseignant démarre sa leçon, l’autre aide les enfants à se mettre au travail. Il les aide aussi à corriger leurs erreurs ou à comprendre une notion compliquée », décrit Maryse Soulié. A l’école Paul Verlaine, la pratique est tout autre : « Je varie les approches. Je suis parfois présente avec un autre maître dans la classe. Dans ce cas, j’aide les élèves à répondre à ses questions ou à mettre en mots leurs idées à l’écrit. Mais j’anime des petits groupes de niveaux sur des ateliers pour apprendre à déchiffrer un texte ou à lire plus vite ».

« Les élèves reprennent confiance en eux »

Mais quelle que soit l’organisation choisie, les équipes pédagogiques portent un regard plutôt enthousiaste sur le dispositif. « Ca fonctionne très bien et ça améliore le climat scolaire. Les élèves attendent moins la réponse du maître à leurs questions. Le fait d’être mieux encadré redonne confiance aux élèves les plus fragiles », constate Maryse Soulié. Même son de cloche chez Julie Meunier : « On a deux fois plus de temps à accorder aux élèves. Du coup, on se sent moins démuni face à leurs difficultés et on trouve plus vite des solutions à leurs difficultés », souligne-t-elle. Reste à savoir si cet accompagnement renforcé se ressent dans leurs résultats. « Je le pense, car les élèves de CP cette année ont appris à lire plus rapidement que ceux de l’an dernier. Le fait de les faire travailler en petits groupes permet aussi de les faire participer plus facilement. Les élèves qui étaient dans une spirale négative reprennent confiance en eux à coup de petites réussites », constate-t-elle. « J’ai aussi l’impression que l’on a moins d’élèves de CP ne sachant pas lire à la fin de l’année que l’an passé. Et le travail en petit groupe a aussi permis aux meilleurs d’élèves d’avancer plus vite », souligne Maryse Soulié.

Seul bémol selon les équipes enseignantes : « le manque de temps pour pouvoir préparer ce travail en équipe », indique Maryse Soulié. « Cette absence de concertation crée parfois des quiproquos », confirme Julie Meunier, qui souligne aussi la difficulté pour elle d’enseigner à tous les niveaux. « Cela demande un gros travail de remise à niveau en pédagogie et en didactique. Mais le jeu en vaut vraiment la chandelle », conclut-elle.