Réforme Taubira: La contrainte pénale, ça marche déjà

JUSTICE Mesure phare de la réforme de Christiane Taubira, la contrainte pénale se veut une alternative aux peines de prison classiques. «20 Minutes» est allé voir dans un service de probation…

Vincent Vantighem

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Christiane Taubira le 22 mai à Paris.
Christiane Taubira le 22 mai à Paris. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Il y a là une plage paradisiaque. Sur sa gauche, un paysage de jungle encerclant un temple. De l’autre côté, des montagnes enneigées. Directeur du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) de Paris, Patrick Madigou a décoré son bureau de tableaux évoquant sa philosophie. 

«Je suis profondément convaincu par l’efficacité de la peine en milieu ouvert», assène celui qui veille sur le sort de plus de 5.000 personnes condamnées à Paris depuis une dizaine d’années. «Si on ne pense qu’à la sanction, on met les gens en prison, poursuit-il. Si on pense à la société, on leur propose des peines de probation…»

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C’est justement le cœur du projet de réforme pénale que Christiane Taubira va défendre, à partir de mardi, devant l’Assemblée nationale. La ministre, elle, ne parle pas de probation mais de contrainte pénale. Le principe reste le même: il s’agit de sanctionner les personnes condamnées d’une peine dans la société plutôt que derrière les barreaux d’une cellule de prison. «On le fait déjà depuis des années, poursuit Patrick Madigou. A Paris, nous avons 250 détenus à la prison de la Santé. Et 5.000 personnes condamnées en milieu ouvert…»

Condamné pour avoir frappé sa mère

Elles défilent d’ailleurs dans les bureaux du SPIP. Au rez-de-chaussée, les petits bureaux sont le théâtre d’un incessant ballet. Ce matin-là, Fabienne* s’installe dans le premier box. Face à elle, Jérémy*. Fine barbe, le jeune trentenaire a plus des allures d’un cadre dynamique que d’un délinquant. Condamné pour avoir frappé sa mère, atteinte de troubles bipolaires, il doit pourtant rendre des comptes à la justice.

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Fabienne vérifie son contrat de travail, l’interroge sur sa vie de couple et lui demande s’il a pris contact avec un psychologue. «Non, j’ai pas le temps…», bafouille le jeune. «Je ne veux pas le savoir, lui répond la conseillère sur un ton maternel. Vous êtes suffisamment intelligent pour savoir ce qui va se passer si vous ne le faites pas?»

Jérémy regarde ses pieds car il le sait bien. S’il ne répond pas à ses obligations, le juge peut revoir ses obligations et, même en cas de gros problème, l’envoyer finir sa peine en prison.

«C’est lui qui m’a provoqué»

Mehdi* en sait quelque chose. Prenant la suite de Jérémy dans le box, il affiche une quinzaine de condamnations au compteur. La dernière date d’il y a un an. «On avait trouvé un hébergement, un boulot et régler ses papiers pour le RSA, se souvient Fabienne. Et tout est tombé à l’eau parce qu’il a frappé un policier…» «C’est lui qui m’a provoqué, rétorque le trentenaire, casquette vissée sur le crâne. Mais c’est vrai que je me suis emporté…»

Résultat: Mehdi a passé quelque temps en prison et revient aujourd’hui au point de départ. «Vous avez indemnisé la victime, vous avez un stage en cours pour devenir cariste. Tout semble sous contrôle, conclut Fabienne. C’est notre dernier rendez-vous. Ça n’empêche que vous pouvez me donner des nouvelles…» Attendri, le jeune homme se laisse aller. «Oui, j’ai votre numéro… Si je vous avais pas eu, je serai déjà retourné en taule, c’est sûr…»

* Les prénoms ont été changés